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01.08.2008

Bonendalè : un carrefour artistique 

































Bonendalè : un carrefour artistique

Jadis réputé comme village peu hospitalier, inspirant peur et méfiance, Bonendalè est de nos jours un paisible village mi-urbain, mi-rural. La voie pour y aller après la nationale Douala-Bafoussam est passablement entretenue par la Communauté urbaine.

L’essentiel du village où résident les natifs est assez bien tracé et loti. La végétation est luxuriante. Par endroits, arbres fruitiers et herbes folles se disputent l’espace. on trouve ici des vieux manguiers d’une centaine d’années, témoigne un natif. Par leurs troncs et leurs branches, ils défient les fromagers.

Bonendalè, c’est aussi ses vieilles maisons dont certaines datent de la période du protectorat allemand. Elles se distinguent par leur forme architecturale et leurs vieilles toitures dont les tôles en zinc ont noirci sous les effets conjugués du temps et des intempéries. Bonendalè, c’est sa tranquillité de temps en temps perturbée par le vrombissement ou les klaxons d’une voiture ou d’une moto qui passe. L’air ici est plus pur. C’est aussi le temple centenaire de l’Eglise évangélique du Cameroun que les paroissiens sont en train de moderniser avec un nouveau clocher. Ce sont ses plages un peu à l’abandon. C’est aussi la résidence du chef Ebelè Tukuru Abel. La plus moderne de toutes les résidences des chefs traditionnels du département du Wouri. Une résidence qui se détache fièrement du paysage champêtre du village. Un paysage de plus en plus phagocyté par les délices citadines.
Bonendalè, c’est aussi ses gargotes dont les tenancières se disputent l’apanage de l’art culinaire duala : bouillons et grillades de poisson et de viande sont les spécialités les plus prisées. Les bars font une entrée en force : Turbo qui tourne au ralenti depuis que son propriétaire a eu la malheureuse idée d’abattre le vieux manguier dont l’ombre attirait de nombreux amoureux de la nature. De plus en plus c’est Quartier latin et Soir au village qui se disputent la vedette.

Grâce à l’ouverture de l’école de théâtre Eyala penya (le verbe nouveau), le village du redoutable feu chef Kaïn Dibunjè Tukuru se distingue de tous les hameaux du département du Wouri, voire de la province du Littoral par la concentration des ateliers artistiques qui s’y bousculent. Eyala penya a fermé ses portes mais elle a laissé des talents affirmés. On en trouve de tous les âges. Outre les comédiens, on y trouve des plasticiens. Mpah Dooh y tient un atelier permanent d’art plastique. Bonendalè a acquis ainsi ses palmes de centre artistique à ciel ouvert.

La concentration des différents ateliers artistiques a fait naître des talents locaux si elle n’a pas attiré d’autres artistes à l’instar de Goddyle, Blaise Bang, Louis Epée, Salifou Lindou, Guy Wete, Hans Kinguè… Après son fief de Bonambappè (Bonabéri) c’est aussi Bonendalè que la fondation Afrique Avenir du prince Kum’a Ndumbe III a choisi pour son festival mensuel du film africain qui se tient à… Turbo Bar tous les mercredis et samedis jusqu’à la fin de ce mois de juillet. Chaque séance est suivi d’un débat riches en échanges. C’est aussi le même village qui a attiré le producteur réalisateur de la Crtv, Vincent Ndoumbè pour le tournage de sa série Retrouvailles Bar de chez nous.

C’est dire que sorti de la grisaille de Douala, Bonendalè et les autres villages des environs Bojongo, Sodiko, Ndobo sont des lieux où l’on peut se refaire le moral. Seule ombre dans le paysage : point de motel ou d’auberge pour ceux qui souhaiteraient y passer un week-end entier.

Par Jacques Doo Bell
Le 25-07-2008


Fou rire : silence, on tourne

Une équipe de techniciens de cinéma et de comédiens rassemblés autour de Vincent Ndoumbè a installé son Qg à Bonendalè.

Quelque part sur le corridor qui mène de Ndobo à Bonendalè, le drapeau du Cameroun orne la véranda d’une modeste ville à l’intérieur d’une haie vive. La chefferie du village ? Que nenni. C’est dans cette concession de la famille Mbongo que le réalisateur-producteur de la Crtv Vincent Ndoumb’a Douala Ngongui s’est installé avec son équipe de techniciens et de comédiens. Pourquoi le drapeau camerounais ? La réponse coule avec aplomb : “ C’est l’ambassade du Cameroun à Bonendalè. Parce que au sein de l’équipe on trouve les Camerounais des quatre coins du pays. ”

A l’arrivée des reporters du Messager sur les lieux, l’équipe sortait d’un tournage et le “chef” sortait d’un bain réparateur. “ Après toutes les trois ou quatre heures de tournage sous la chaleur, toute l’équipe se dirige vers le fleuve. On se rafraîchit soit pour la reprise, soit rentrer au Qg pour faire le point de la journée ou préparer la suite du travail”, explique notre interlocuteur. Vincent Ndoumbè Douala Ngongui s’est fait un nom à la Crtv avec Accord majuscule, le magazine culturel qu’il a créé et dirigé de 1988 à 1998. De 1999 à 2002, il a récidivé avec Just for fun. Sur le même ton frondeur et cocasse. Puis ce sera Cité campus. Tout cela malgré des difficultés susceptibles de décontenancer ceux qui n’arrivent pas à allier le culot, la patience et la passion. “ Retrouvailles Bar de chez nous ” est sa nouvelle trouvaille. Pour la réaliser, il est parti de Yaoundé. Il a soigneusement évité la bruyante métropole économique du Cameroun malgré son trop plein de bars. Avec une équipe de 25 techniciens de cinéma et de comédiens : des jeunes et des vétérans rompus à la tâche comme Edimo Dikobo Paul et Jean-Jacques Ondoua (cameramen), Rigobert Tamwa (Eshu) qu’on ne présent plus, Alain Kouam (montage) il s’est retiré à Bonendalè, une dizaine de kilomètres de la ville. Outre le noyau dur constitué par les 25 membres de la “bande” à Vincent Ndoumbè, le vivier local offre une large frange de figurants où l’on puise à volonté. Pour le tournage de “ Retrouvailles Bar de chez nous ”. Une série dont les acteurs racontent des tas d’histoires aussi cocasses les unes que les autres. On se tord de rire à se rompre les côtes.
“ Retrouvailles Bar de chez nous ” est à sa deuxième saison. C’est une série qui a démarré l’an dernier explique Vincent Ndoumbè qui ambitionne de donner cinq années de vie à cette série. A la question de savoir pourquoi son choix s’est porté sur un bar cette fois-ci, cet auteur à l’ironie mordante estime que le “ bar est devenu l’endroit incontournable où se façonne une certaine opinion publique, le lieu des rencontres insolites entre personnages que rien, apparemment, ne semble mettre ensemble. ”


Méditer, pleurer ou rire ?

“ Retrouvailles bar de chez nous ” à Bonendalè ne manque justement pas d’insolite. c’est une maison non achevée et abandonnée comme on en dénombre de toutes les générations dans ce village. Celle-là a la particularité de n’avoir pas de toit. Quelques couches de chaux et de peinture sur ses murs en parpaings nus pour les besoins de la cause. Voilà le décor dans lequel l’équipe de “Forum de l’image de la lumière, du mouvement et du son” (Films) déploie des trésors d’imagination pour restituer des pans entiers de notre société. Avec des scènes qui devraient pourtant faire pleurer ou méditer au lieu de faire rire à gorge déployée, comme c’est souvent le cas.
Parlant de la série en cours, Vincent Ndoumbè et ses camarades la destinent à l’ensemble du public africain voire au reste du monde. Pour atteindre cet objectif les comédiens ont l’obligation “ de dictionner de manière parfaitement intelligible, afin d’être compris aussi bien à Montréal qu’à Kinshasa, Bamenda ou Marrakech ”, insiste Vincent Ndoumbè.
Au-delà de tous les principes qui soutient son art, l’équipe met un accent particulier sur le jeu d’ensemble car souligne encore Vincent Ndoumbè, “ malgré nos différences de métier, d’origine, de religion, d’instruction, de genre ou de classe, il y aura toujours des images et des sons, qui nous feront tous rêver et à travers lesquelles, nous pourront toujours nous reconnaître ”.

Par Dobell
Le 25-07-2008


Une passion au-dessus des aléas

A l’observer dans son travail, l’équipe de films est animée d’une très forte passion pour ce qu’elle fait et entend réaliser à la perfection. Elle n’accumule pas moins des frustrations. Les ténors de l’équipe – ils naviguent ensemble depuis une vingtaine d’années pour certains, d’autres depuis une dizaine d’années – y mettent leurs moyens propres glanés çà et là. Qui dans son salaire de fonctionnaire ou de contractuel d’administration, qui d’autre dans ses différentes prestations de free-lance. Ils ont du mal à comprendre la réticence, voire l’indifférence des grandes entreprises, des chevaliers d’industrie et tout autre sponsor.

Autant sous d’autres cieux l’Etat, les milieux d’affaires et des mécènes se montrent attentifs et généreux à la production artistique, autant au Cameroun, ce secteur est négligé, s’il n’est pas à l’abandon. Ceux qui daignent regarder de ce côté-là réservent souvent aux artistes un traitement d’enfants de parents pauvres. Le promoteur de Films met un point d’honneur à imposer ce qu’il fait jusqu’à présent avec le concours de la seule Crtv, destinataire exclusif de la production. Il ne tance pas moins les médias locaux pour leur mutisme ou leur propension à sublimer du terre à terre.
“ Certes, avec Amadou Vamoulké, les conditions de travail se sont nettement améliorées ”, reconnaît Vincent Ndoumbè. Avec comme mention “peut mieux faire” Ses complaintes reposent une fois de plus sur la condition d’existence des artistes camerounais au Cameroun. Le budget du cinéma est si colossal qu’il ne saurait être supporté par une seule structure. Le producteur-réalisateur de Retrouvailles Bar de Chez nous invite une fois de plus ceux qui ont des fonds à s’intéresser à l’art et aux arts de bonne facture susceptibles d’être consommés hors de nos frontières comme les Camerounais gobent ici ce qui vient d’ailleurs et qui ne cadrent pas souvent avec les réalités locales.

A Bonendalè où le séjour est prévu pour un mois, on vit comme en caserne. Toute l’équipe est regroupée dans le même logement loué auprès d’une famille. Les filles de l’équipe ont pris sur elles de s’occuper du repas. L’ambiance est bon enfant. Pour le bonheur des téléspectateurs qui déplorent eux aussi le temps de passage de cette série pourtant bien de chez nous. D’aucuns souhaitent qu’elle trouvent sa place aux heures où ils sont disposés à mieux la suivre.

Par Dobell
Le 25-07-2008
 

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