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01.01.1970

Dits et écrits de UM NYOBE 

La liberté, dignité humaine et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes

1. « Un peuple décidé à lutter pour sa liberté et son indépendance est invincible »

Ruben Um Nyobè, in « Comment le massacre des Kamerunais a été préparé et consommé par le gouvernement français », maquis, 3 janvier 1957.

2. « Si nous luttons à mort contre une intégration arbitraire de notre pays dans l’Empire colonial français, c’est que nous voulons rester les défenseurs conquérants du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Nous sommes ainsi, restés au service du Kamerun et de l’Afrique.

« Hommes de Bandoeng, nous sommes les véritables artisans de la détente internationale. Nationalistes révolutionnaires, nous luttons pour acquérir pour le Kamerun et pour lui seul, une véritable indépendance nationale avec l’Unification comme condition préalable, simultanée ou consécutive, mais jamais exclue. »

Ruben Um Nyobè, in « Charte de l’Atlantique et Pacte atlantique. Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », maquis, 25 janvier 1957.

3. « Ainsi donc, la « rébellion » dont nous sommes coupables […] n’est autre chose que la rébellion du nationalisme kamerunais envers la trahison nationale et nous ne pouvons que nous féliciter d’être à l’avant-garde d’une telle rébellion qui est à l’heure actuelle le plus sacré des devoirs que l’Histoire ait assigné aux patriotes kamerunais. »

Ruben Um Nyobè, in « Démission ou complicités françaises dans l’aggravation de la situation au Kamerun oriental », maquis, 2 décembre 1957.

4. « Qu’on ne croie pas […] que nous nous laisserons intimider par les fusillades, les pillages et les tortures pour renoncer à notre noble mission qui est de continuer le bon combat pour la réunification et l’indépendance immédiates de notre beau et riche Kamerun. »

Ruben Um Nyobè, in « Démission ou complicités françaises dans l’aggravation de la situation au Kamerun oriental », maquis, 2 décembre 1957.

5. « Nous sommes donc occupés, quant à nous, à revendiquer la suppression des discriminations raciales, et radicalement opposés au système du travail forcé, de l’indigénat et des provocations sanglantes […]. Nous avons affirmé à maintes reprises que nous voulions une Afrique Libre, mais une Afrique amie des autres peuples libres. Les colonialistes le savent fort bien et la calomnie tendant à laisser croire que nous sommes à la solde d’une puissance étrangère ne peut servir qu’à les ridiculiser. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

6. « Le succès de nos réunions et manifestations imposées par la force des masses crée des nuits agitées pour ceux qui ne trouvent plus ici le champ d’application de la doctrine coloniale qui est d’imposer la loi d’un homme à tout un peuple. On ne peut que remarquer la différence d’attitude entre les valets des colonialistes, hommes en quête des faveurs, toujours inquiets d’un lendemain incertain pour eux et pour leurs maîtres et l’aspects des militants du mouvement national, brimés, humiliés, soumis aux privations de toutes sortes, mais toujours gais parce qu’ils ont la force de l’âme et la conviction profonde d’une victoire de la noble cause qu’ils défendent. Ainsi donc le mécontentement populaire se transforme aujourd’hui – n’est-ce pas M. Aujoulat – en un vaste mouvement d’enthousiasme soutenant la cause que vous combattez : l’Unification et l’indépendance du Cameroun. »

Luttes sociales

7. « Avant la création de l’UPC […] Même les territoire les plus voisins ignoraient l’action de nos populations. Du point de vue politique, seule la voix de l’administration et les élus dociles au colonialisme pouvaient se faire entendre à l’intérieur comme à l’extérieur. Aujourd’hui, les colonialistes ne peuvent plus répandre leurs mensonges sans risquer la réplique. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

8. « Notre bataille pour l’application de la Constitution et des accords de tutelle s’est concrétisée par une vaste campagne pour la liberté de réunion, de presse, d’opinion, d’association, etc. […] Sur le plan économique, nous avons engagé une lutte soutenue contre la restauration du travail. Nous avons appuyé les revendications de la CGT et du Kumsze pour la liberté de la culture de Café en région Bamiléké. […]

« Dans la région du Centre, nous nous sommes élevés contre la destruction massive de la production de cacao […] La question du dédommagement du cacao reste encore en suspens. Nous pouvons cependant noter avec satisfaction que l’on n’assiste plus à l’incendie volontaire des produits sur les places de marché, comme cela se faisait avant notre intervention. […]

« S’agissant des Sociétés Indigènes de Prévoyance, […] les cotisations sont perçus cette année sans qu’aucun reçu soit délivré à la partie versante. Comment une telle opération peut-elle susciter la confiance de la population ? Des subventions sont accordées à des hommes d’affaires qui ne sont pas membres de la sip, alors que les cotisants languissent dans une misère insondable. […] Mais il ne suffit pas de boycotter la SIP par la seule démission.

« Il faut exiger des comptes sur l’emploi des sommes versées depuis plus de 13 ans. […]

« Nous voulons seulement faire confiance à nos militants et à tous les Camerounais, qui doivent organiser l’action nécessaire en vue de mettre fin à ces sortes d’escroqueries qui n’ont que trop duré »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

9. « Sur le plan social, c’est contre les discriminations raciales et le retour de l’indigénat que notre action a été concentré. […] dans les prisons par exemple, les détenus sont traités suivant la couleur de la peau. Non seulement les privilèges les plus étendus sont accordés aux détenus blancs, mais encore, les détenus noirs sont contraints d’être les serviteurs des premiers, alors que ceux-là ont commis des crimes ou des délits parfois plus importants. Nos interventions contre les mauvais traitements infligés aux détenus autochtones dans les prisons ont permis quelques résultats, notamment à Douala où une voiture cellulaire a été affectée au transport des prévenus se rendant au Parquet, alors qu’auparavant, ils s’y rendaient à pied, demeurément ligotés. […] Mais il reste beaucoup à faire. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

10. « Les travailleurs africains n’ont jamais obtenu un Code de Travail et celui que le Gouvernement se propose de leur imposer porte en son article 2, le rétablissement intégral du travail forcé. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

11. « Quant aux anciens combattants, leurs droits sont enterré dans les tranchées des champs de bataille, où tout le sang versé était rouge. Revenus de la guerre, les frères d’armes sont devenus, les uns, des pensionnés de guerre, les autres, des parias qui n’étaient bons qu’à donner leur vie et c’est dans avec de telles méthodes que l’on nous invite à servir à nouveau de chair à canon pour une cause qui ne servirait qu’à aggraver les injustices et l’arbitraire. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

12. « J’ajouterai simplement qu’il ne servirait à rien de constater et de dénoncer [les injustices et l’arbitraire du système coloniale] si l’action n’est pas organisée pour y mettre un terme. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

13. « … Ceux qui croient que le régime de tutelle est une sorte d’institution magique qui nous apporterait spontanément et sans notre effort, toutes améliorations, nous répondons que les Accords de tutelle constituent pour les pays intéressés une réforme sociale comme toutes les autres. Les réformes ne peuvent avoir leur efficacité que lorsqu’elles sont activement défendues par ceux qui en bénéficient. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

14. « Aujourd’hui tous les hommes de bonne volonté ont compris que seule la lutte paie et là aussi, nous ne sommes pas seuls. Dans le monde entier les forces de démocratie et de paix luttent victorieusement contre l’impérialisme oppresseur des peuples. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

15. « …Nous devons lutter pour l’application de tout ce qui est progressif dans les accords de tutelle, par exemple le développement de l’enseignement, la participation des autochtones dans l’administration de leur pays […] le respect de la primauté des intérêts des autochtones en matière de propriété foncière et autres, le respect des libertés fondamentales (liberté de parole, de culte, de réunion, de presse, de conscience, de pétition, etc.). »

Ruben Um Nyobè, extrait de son intervention au Congrès de Kumba, 14-17 décembre 1951.


Racisme, tribalisme, religions et idéologies

16. « Les colonialistes ne veulent pas admettre qu’un Noir soit l’égal d’un Blanc. Cette conception se manifeste dans le domaine social, dans l’échelle des salaires, dans le traitement médical, dans le logement, dans la justice, et, hélas, à l’Eglise. Quelle est alors l’âme éprise de liberté qui resterait insensible devant ce fait révoltant d’un étranger qui traite les enfants de la terre comme des hommes de seconde zone ? »

Ruben Um Nyobè, Le problème national kamerunais, Paris, L’Harmattan, 1984, p.23.

17. « La doctrine coloniale n’a jamais cessé de proclamer que le Blanc est un être supérieur et que le Noir, spécialement, ne possède que des capacités limitées et que sa peau n’est pas capable d’assimiler les choses supérieures. Bien que les faits se soient maintes fois inscrits en faux contre cette prétention, les colonialistes ne veulent point y renoncer. C’est pour cette raison qu’ils affirment que l’accession à l’indépendance dans un pays comme le Kamerun plongerait le pays dans l’anarchie et la ruine. Une telle façon de ne rien faire pour modérer, sauf cas exceptionnel, la discrimination raciale, fait beaucoup pour renforcer notre méfiance et notre combativité. »

Ruben Um Nyobè, Le problème national kamerunais, Paris, L’Harmattan, 1984, p.23.

18. « Il y a lieu également de combattre la pratique de nos compatriotes qui, aux postes de police comme dans les guichets publics, ont souvent tendance à servir les Européens en priorité, même si ceux-ci sont les derniers venus. Cela constitue aussi une discrimination raciale dans sa forme la plus condamnable. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

19. « Nous devons mettre nos frères en garde contre le danger que consiste la politique du racisme anti-raciste. On ne peut, sous prétexte de lutter pour la libération des Noirs, mener une politique de haine contre les Blancs. La haine raciale est incompatible avec toute idée de progrès. »

Ruben Um Nyobè, extrait de son intervention au Congrès de Kumba, 14-17 décembre 1951.

20. « Nous invitons M. André-Marie Mbida et ses collaborateurs à comprendre que le « tribalisme » n’est pas valable en politique et que l’intérêt du Kamerun n’est pas dans la politique de corruption et des oppositions africaines. (…) Nous leur demandons de placer l’intérêt du Kamerun au-dessus des luttes d’influence et des problèmes de personnes. »

Ruben Um Nyobè, in « L’amitié franco-kamerunaise en danger. Alerte à l’opinion kamerunaise et mondiale. », Maquis, 27 août 1957.

21. « Ils [les colonialistes] dressent tribu contre tribu en faisant croire aux uns qu’ils sont plus intelligents et aux autres qu’ils sont très riches et vont dominer le pays. Les uns et les autres croient naïvement à cela et se livrent à de vaines luttes intestines qui aboutissent finalement à la ruine de tous et le seul qui profite, c’est le colonisateur. Ils dressent chefs contre intellectuels en faisant croire aux uns qu’ils sont les détenteurs de la tradition et que le pouvoir leur revient, aux autres qu’ils sont « comme les Blancs » et que c’est à eux que revient le privilège de la civilisation moderne. Mais les colonialistes ne croient ni au pouvoir du chef ni à l’intelligence de l’homme dit « évolué ». Ils cherchent tout simplement à puiser dans la haine de ceux-là, le plus de profit et le prolongement de la misère de tous. »

Ruben Um Nyobè, extrait de son intervention au Congrès de Kumba, 14-17 décembre 1951.

22. « Certains prêtres catholiques oubliant que l’évangile s’élève contre les injustices, font les griots du colonialisme et nous traitent d’anti-religieux, ce qui est très faux d’abord parce qu’il ne peux y avoir d’Africains anti-religieux, ensuite parce que nous ne considérons pas le travail forcé, l’indigénat, la spoliation des terres, l’exploitation colonialiste en général comme des recommandations prescrites par la Bible. Au contraire, ce sont ces prêtres qui, en faisant de l’Eglise une tribune politique, ressemblent à ces trafiquants que Jésus chassa du temple. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

23. « On nous traite de communistes. Or tout le monde sait que nous ne sommes pas une organisation communiste. Nous ne disons pas cela parce que nous détestons les communistes, mais parce que nous considérons que la lutte pour notre libération nationale n’a pas à tenir compte de telle ou telle idéologie. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

24. « La colonisation est un mal dont souffre tous les pays colonisés. Pour apporter un remède quelconque à ce mal, il faut en étudier les origines. On dit que les blancs sont venus en Afrique pour civiliser les « sauvages » de chez nous et un certain nombre de nos compatriotes reprennent de telles théories à leur propre compte. »

Ruben Um Nyobè, extrait de son intervention au Congrès de Kumba, 14-17 décembre 1951.

25. « Une calomnie c’est le fait d’imputer à quelqu’un les faits qui ne peuvent pas lui être imputés ou qui ne doivent pas lui être imputés. Nous demandons alors à nos compatriotes catholiques si le fait de dire que les prêtres prêchent la politique à l’église, si le fait de dire qu’ils trafiquent les sacrements à des fins politiques constituent une calomnie, alors que cela se fait à tout moment, au grand jour. Nous savons que la calomnie constitue une infraction à la morale religieuse car il est dit quelque part dans la Bible : « Tu ne porteras point un faux témoignage contre autrui », ce qu’est par exemple le fait de qualifier de communistes tous les militants syndicaux et les militants du Mouvement national camerounais sans être en mesure de le prouver. On comprendra donc que ainsi que les calomniateurs sont plutôt du coté des auteurs de la fameuse « lettre commune » [des évêques français exerçant au Cameroun]. »

Ruben Um Nyobè, Félix Roland Moumié, in « religion ou colonialisme ? », Douala, 22 avril 1955.

26. « Ce que nous voulons affirmer une fois de plus, c’est que nous sommes contre les colonialistes et leurs hommes de mains, qu’ils soient Blancs, Noirs ou Jaunes, et nous sommes les alliés de tous les partisans du Droit des peuples et nations à disposer d’eux-mêmes, sans considération de couleur. »

Ruben Um Nyobè, Félix Roland Moumié, in « religion ou colonialisme ? », Douala, 22 avril 1955.

27. « …Nous nous bornerons à réaffirmer une fois de plus notre position vis-à-vis des prêtres de combat non seulement mais aussi vis-à-vis de toutes les religions. Nous avons appris que chacun répondra à Dieu pour son propre compte. Nous en faisons notre principe. C’est pour cela que nous considérons la question religieuse comme une question personnelle devant laquelle chaque individu prend personnellement position. Mais si pour la vie d’au-delà des morts chacun répondra pour son propre compte, les Camerounaises et les Camerounais doivent comprendre que tous nous répondrons devant l’histoire sur notre attitude à l’égard des revendications nationales du peuple camerounais. C’est pourquoi catholiques, protestants, musulmans, fétichistes et non-croyants, nous devons nous unir et agir ensemble pour hâter l’Unification et l’Indépendance du Cameroun. »

Ruben Um Nyobè, Félix Roland Moumié, in « religion ou colonialisme ? », Douala, 22 avril 1955.


Stratégie et pédagogie politiques

28. « …Les colonialistes ont une curieuse manière de considérer comme interlocuteurs des gens qui trahissent les intérêts de leur pays à des fins personnelles et ils ne tardent pas de les baptiser « interlocuteurs valables ». […] Au Kamerun, devant la pertinence des réalités, les autorités françaises se sont vues obligées de reconnaître la qualité d’interlocuteur valable à l’U.P.C. Mais au lieu d’engager un dialogue sincère et loyal, propre à aboutir au dénouement de la crise kamerunaise, les autorités françaises se sont évertuées depuis 1955 à nous envoyer des émissaires dont la seule mission consistait à nous amener à opérer le « repli stratégique » à la manière d’Houphouët-Boigny. »

Ruben Um Nyobè, in « Démission ou complicités françaises dans l’aggravation de la situation au Kamerun oriental », maquis, 2 décembre 1957.

29. « Là où la pseudo indépendance a été accordée, surtout par l’impérialisme anglais ou hollandais, les peuples des pays intéressés n’ont pas tardé d’entreprendre une lutte active pour arriver à la véritable Indépendance nationale et marcher dans la voie de la démocraties. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

30. « Des Africains naïfs ou de mauvaise foi, pour justifier leur renoncement à la défense de nos intérêts, prétendent ne pas faire de politique, parce qu’on leur a dit dans les couloirs administratifs que la politique est une mauvaise chose. […] Ne faites pas de politique, pour l’Administration et le Gouvernement colonialiste en général, signifie simplement qu’il ne faut pas défendre vos intérêts. Cela peut se traduire aussi : « Ne faites que ma politique, celle qui approuve mon arbitraire et mes illégalités »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

31. « Si vous refusez de faire la politique qui consiste à lutter par tous les moyens et sous toutes les formes pour l’émancipation de notre pays, vous laissez le champ libre aux colonialistes pour leur politique criminelle, celle du travail forcé, de l’indigénat, de l’exploitation éhontée de nos richesses, des emprisonnements et des assassinats. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

32. « …nous avons insisté auprès de nos compatriotes, auxquels l’on prodigue des conseils pour les mettre en garde contre la politique – cette « dangereuse entreprise » et nos compatriotes surtout les intellectuels, de dire qu’ils ne s’occupent pas de politique, parce qu’ils préparent on ne sait quelle situation matérielle – Nous avons donc insisté auprès d’eux pour leur montrer la tromperie que consistait une telle campagne. Tout est politique et tout s’encadre dans la politique. La religion est devenue politique. Le commerce est politique. Même le sport est politique. La politique touche à tout et tout touche à la politique. Dire que l’on ne fait pas de politique, c’est avouer que l’on n’a pas le désir de vivre. C’est pourquoi nous estimons qu’il faut, avant tout, se battre pour les libertés fondamentales gage essentiel du succès matériel. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au 2ème Congrès statutaire de l’UPC », Eséka, 29 septembre 1952.

33. « Comment vous, étudiants, pouvez-vous vous préparer valablement aux responsabilités de demain si vous afficher un mépris pour la lutte politique de votre pays ? Les bourses et les crédits scolaires sont réglés dans les assemblées politiques. […] C’est pourquoi nous plaçons la lutte politique au premier plan. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au 2ème congrès de l’UPC », Eséka, 29 septembre 1952.

34. « (…) L’UPC n’est pas une sorte d’Etat-major où l’on discute ; c’est un mouvement de masse où les larges couches de population doivent prendre conscience de leur rôle dans la lutte de libération nationale, dans la lutte pour la démocratie et la paix. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

35. « …Mon devoir de secrétaire général de l’UPC est d’éclairer les masses camerounaises sur les problèmes politiques, car demain nos compatriotes seront obligés de se trouver devant la réalité. Si par nos erreurs d’interprétation empruntées à nos adversaires nous arrivions à leur raconter des choses entièrement fausses, cela diminuerait et notre prestige et la portée de notre action en tant que dirigeants d’un mouvement national. C’est pourquoi il faut être objectif et sincère. Quand on adopte une telle position on a la satisfaction de porter témoignage à la vérité. On peut ne pas être compris à la minute où l’on parle, mais on finit toujours par triompher. »

Ruben Um Nyobè, extrait de son intervention au Congrès de Kumba, 14-17 décembre 1951.

36. « Nous sommes des hommes politiques kamerunais. A des degrés divers, nous assumons des responsabilités devant l’histoire de notre peuple. Dans le grand bouillonnement que cela provoque, nous décelons nos insuffisances et nos capacités. Nous puisons alors à la source des peuples qui nous ont précédés et dans le passé de notre propre peuple pour fixer notre ligne de conduite et ce, avec le concours et la succession des évènements. »

Ruben Um Nyobè, « Lettre à M. André-Marie Mbida, Premier Ministre de l’Etat sous tutelle du Cameroun », Maquis, 13 juillet 1957.


Guerre et paix

37. « …On fait pour la guerre la même propagande que pour la domination coloniale. Comme on nous dit que le colonialisme est invulnérable, que le « Blanc » est trop fort pour céder à nos luttes pacifiques, on dit de la guerre qu’elle est inévitable, mais on ajoute que si la guerre venait, tous les hommes de l’UPC seraient au poteau. Il faut seulement noter à cette occasion le dessein criminel de nos adversaires. Cela explique aussi que la guerre que préparent les impérialistes n’est pas une guerre de libération de nos pays, mais un moyen de renforcer l’asservissement des peuples. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

38. « Une session du Comité du Congrès mondial vient de se tenir à Stckhölm en Suède, au cours de laquelle un appel a été lancé pour exiger la condamnation de l’arme atomique qui est l’arme d’épouvante et d’extermination des populations. […] L’appel affirme que le gouvernement qui, le premier utiliserait, contre n’importe quel pays, l’arme atomique commettrait un crime contre l’humanité et serait à traiter comme criminel de guerre. Cet appel doit rencontrer dans nos milieux, le même accueil que dans les précédentes initiatives des partisans de la paix. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

39. « Le devoir des responsables de l’UPC est donc d’être à l’avant-garde de la lutte pour la paix […] Nous ne sommes pas quantité négligeable dans cette affaire. Il faut aussi faire comprendre à nos camarades et à toutes les populations qu’aucun gouvernement ne peut faire la guerre sans l’accord du peuple. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.

40. L’argument de « UPC mouvement fauteur de guerre » ne tient pas debout. Notre lutte est une lutte légale, tendant à réclamer l’application de la Constitution et des Accords de Tutelle. Seuls ceux qui s’opposent à la légalité, les colonialistes, ont recours à la violence parce qu’ils n’ont pas d’argument à nous opposer. Ces quelques explications vous permettent de comprendre que la lutte pour la paix est inséparable de la lutte pour la liberté. »

Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.


Le problème national kamerunais

41. « Le progrès incontestable que représente le régime de tutelle par rapport à celui des mandats se trouve remis en cause par le jeu de la division du pays en deux zones, une zone dite française, l’autre dite anglaise. On se trouve ainsi devant le paradoxe d’un régime qui a pour but de favoriser l’accession du pays à son autonomie et à son indépendance et qui, en même temps, maintient le même pays sous l’administration de deux nations qui ont créé une frontière artificielle et arbitraire à l’intérieur du pays, avec certaines rigueurs administratives qui font obstacle à la libre circulation des habitants. »

Ruben Um Nyobè, extrait de son intervention au Congrès de Kumba, 14-17 décembre 1951.

42. « Les accords de tutelle qui ont été conclus sans que nous ayons préalablement eu connaissance de leur texte contiennent des lacunes importantes qu’il faut combler de toute urgence. Par exemple, ces accords ne donnent aucun délai à la durée de tutelle. Dans les accords concernant le Cameroun sous administration française, il est prévu à l’article 4 que la France administrera le Cameroun « comme partie intégrante du territoire français ». Nous demandons à ce que soit abrogée cette clause qui est d’ailleurs en opposition avec l’article 60 de la propre constitution française. »

Ruben Um Nyobè, extrait de son intervention au Congrès de Kumba, 14-17 décembre 1951.

43. « Toute notre action s’inscrit dans ce résumé simple de ce que veut notre mouvement. Pour grouper et unir les populations, nous avons fait appel aux Camerounais hommes et femmes sans considération de classe ni de religion, sans considération même d’opinion politique, mais à la seule condition d’accepter notre programme qui est anticolonialiste. Pour accélérer l’évolution des populations, l’UPC demande la multiplication des écoles et des centres d’apprentissage. Elle demande le développement de l’enseignement général et de l’enseignement technique. Pour l’élévation du standard de vie des populations, nous luttons pour l’abolition effective du travail forcé, pour la suppression des méthodes racistes dans l’agriculture et le commerce ainsi que dans toutes les autres branches de l’activité économique. Nous luttons notamment contre la politique d’expropriation qui consiste pour l’administration à s’emparer des textes sous prétexte qu’elles sont « vacantes et sans maître ». sur le plan social, l’UPC lutte contre la discrimination raciale, contre le mauvais régime des prisons, etc. Le programme de l’UPC comprend deux chapitres : les revendications particulières intéressant toutes les catégories de la population d’une part et la grosse question de notre marche vers l’indépendance d’autre part. pour l’efficacité de notre lutte, nous avons déclaré que notre mouvement était nettement anti-colonialiste et que c’est à cette seule condition que nous pouvions accepter de collaborer avec d’autres organisations ou même avec l’administration, dès lors que cette dernière pouvait mener une politique réellement progressiste. »

Ruben Um Nyobè, extrait de son intervention au Congrès de Kumba, 14-17 décembre 1951.

44. « notre programme pour la solution de l’indépendance est un programme-école. En effet l’article 5 des Accords de Tutelle sur le Cameroun prévoit la participation des autochtones à l’administration de leur pays par le développement d’organes démocratiques, représentatifs, etc. Notre demande tendant à obtenir la création d’une assemblée, dotée de pouvoirs nécessaires pour délibérer sur les problèmes économiques, sociaux et culturels, intéressant la subdivision a pour but de fournir aux Camerounais un champ d’apprentissage pour la participation à la gestion des affaires de leur pays. »

Ruben UM NYOBE, in « La défense des propositions concrètes pour l’indépendance et l’unification du Cameroun », Mom (Sanaga-Maritime), 7 septembre 1954.

45. « Ce que nous voulons, ce n’est pas l’augmentation du nombre des représentants camerounais au parlement français, ce que nous voulons c’est l’institution de notre propre parlement, d’un parlement camerounais. L’Assemblée législative du Cameroun serait donc, nous le répétons, une école au sein de laquelle les Camerounais apprendrons à faire les lois de leur pays. Enfin, quand nous demandons l’institution d’un Conseil Exécutif, nous entendons permettre aux citoyens de notre pays d’apprendre, pendant un laps de temps, à diriger sous l’égide d’un Haut-Commissaire de l’ONU le gouvernement de leur pays. Voilà les raisons pour lesquelles nous considérons notre programme concernant la solution du programme de l’indépendance comme un programme d’école, c’est-à-dire un programme dont l’exécution permettrait aux Camerounais de recevoir une formation adéquate pour pouvoir assumer les charges d’Etat découlant du recouvrement de notre souveraineté. »

Ruben UM NYOBE, in « La défense des propositions concrètes pour l’indépendance et l’unification du Cameroun », Mom (Sanaga-Maritime), 7 septembre 1954.

46. « Le mécontentement populaire a pour cause le colonialisme qui exploite et opprime notre pays, s’oppose à la réalisation des objectifs du régime de tutelle qui sont le progrès politique, économique et social des autochtones en vue de l’accession à l’indépendance. Des hommes comme MM. Allaire, chef de subdivision d’Eséka, Pinelli, chef de subdivision de Babimbi, Joud, ancien chef de région de la Sanaga-Maritime, pour ne citer que ceux-là, créent des lois personnelles pour dissoudre arbitrairement nos réunions, violer les domiciles des particuliers, saisir nos brochures et les journaux qui développent les idées de l’indépendance de notre pays, commettent des violences sur les patriotes partisans de l’Unification. Il y a là autant de causes de mécontentement populaire. Mais nous faisons tous nos efforts pour surmonter ce mécontentement en faisant naître dans le pays une conscience nationale et une maturité politique toujours élevées, réduisant au ridicule les provocateurs et les agents de l’arbitraire colonialiste. »

Ruben UM NYOBE, « Danger Aujoulat. Qui donc représente les mécontents ? » in La Voix du Cameroun, n° du 17 janvier 1955.

47. « Il y a un autre mécontentement, réel et grave celui-là. C’est le mécontentement colonialiste. […] L’on sait que lorsqu’une cause est en défaite, les défenseurs de cette cause se trouvent être plus touchés, disons plus affectés que quiconque. C’est pourqoi les mécontents des journaux réactionnaires, ceux de l’exploitation coloniale, ceux du clergé […] les mécontents de la clique des valets autochtones qui vendent notre pays au prix de maigres faveurs, les mécontents de tous les calibres du camp du colonialisme, versent leurs larmes de sang sur les épaules de celui qui se présente comme le champion de l’assimilation du Cameroun comme colonie française : le Docteur-député-ministre Louis Paul Aujoulat. Mais aujourd’hui, les évènements ne peuvent rester indifférents à l’égard d’un homme qui a tant fait pour égarer l’opinion camerounaise. »

Ruben UM NYOBE, « Danger Aujoulat. Qui donc représente les mécontents ? » in La Voix du Cameroun, n° du 17 janvier 1955.


Culture et identité nationale

48. « …La langue est l’un des éléments fondamentaux pour le développement de la culture d’une nation, la colonisation perdrait sa raison d’être si elle devait œuvrer pour permettre au pays colonisé d’instituer une langue nationale »

Ruben Um Nyobè, « observations devant la Quatrième commission de l’ONU », New-York, 1954.

49. « …Outre la possibilité que nous avons d’instituer une langue nationale après l’accession à notre souveraineté nationale, nous avons proposé pour l’immédiat la vulgarisation de l’enseignement du français et de l’anglais dans les deux parties du pays, et ce, à partir de l’enseignement élémentaire. »

« Observations de Ruben Um Nyobè devant la Quatrième commission de l’ONU », New-York, 1954.

50. « La communauté de culture [entre les Camerounais] existe à l’origine. On a seulement essayé de la falsifier en instaurant la pseudo-culture française d’une part et anglaise d’autre part. mais cette entreprise se trouve elle-même mise en échec par le fait colonial qui s’oppose au développement culturel des peuples colonisés. »

« Observations de Ruben Um Nyobè devant la Quatrième commission de l’ONU », New-York, 1954.

51. « …Les Allemands sont restés au Cameroun pendant plus de 30 ans, y a-t-il quelqu’un pour nous apporter la preuve que tous les Camerounais de l’époque parlaient allemand ? […] les Anglais et les Français administrent le Cameroun depuis 38 ans. Or, au Cameroun sous administration française, sur une population de plus de trois millions d’habitants, on ne peut pas compter trois cent mille personnes, c’est-à-dire le dixième de la population à la plus large estimation, parlant le français. Au Cameroun sous administration britannique, à l’exception du pidgin qui est également dans le Cameroun dans le Cameroun sous administration française, rares sont les éléments s’exprimant correctement en Anglais. […] Si après plus de soixante-dix ans de présence des puissances coloniales, les populations du Cameroun n’ont pas encore pu trouver une langue commune, il ne faut pas en attribuer le tort aux patriotes qui luttent pour l’unification et l’indépendance de notre pays. Cela signifie simplement que si nous attendons soixante-dix ans encore [pour revendiquer l’unification et l’indépendance. Ndlr], en l’an 2014, nous entendrons toujours dire que les Camerounais ne parlent pas la même langue.

« Observations de Ruben Um Nyobè devant la Quatrième commission de l’ONU », New-York, 1954.

50 citations extraites des écrits de Ruben UM NYOBE (sélectionnées et proposées par Yves Mintoogue)
 

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