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28.01.2009

Hommages Jean Marc Ela 

Jean Marc- Ela: Le veilleur s’en est allé
L´hommage de Achille Mbembe
[Johannesburg - Afrique du Sud] - 27-01-2009

Il nous lègue un extraordinaire trésor qui alimentera l’esprit et les luttes des générations de demain. C’est pourquoi, de Jean-Marc, nous nous souviendrons pendant longtemps, avec amour et filiale piété, chaque jour, comme le double qui accompagne le soleil au zénith, et la lumière qui fend de sa clarté l’ombre de minuit.

Le veilleur s’en est allé

L’on n’entendra donc plus la voix de Jean-Marc Ela, d’une limpide et cristalline pureté, si fulgurante dans son refus de toute compromission, si scintillante de clarté, et si porteuse d’espérance au milieu de la nuit de notre âge, de l’aridité de nos jours et de la cruauté qui n’a cessé de nous envelopper si étroitement, à la manière d’un mauvais sort.

Celui qui, un demi-siècle durant, s’était fait notre inlassable veilleur et qui, sans cesse, nous exhorta à nous lever et à marcher - celui qui avait consacré sa vie à guetter-la-nuit et à scruter l’aube désormais n’est plus. Et nous voici résolument orphelins, à jamais inconsolables, le cœur transpercé par une indicible douleur.

Pourtant, tant que nous n’aurons pas fini avec l’idée de l’Afrique et celle de l’homme aux prises avec lui-même, avec son prochain, avec son destin et avec Dieu, son nom partout nous accompagnera, le timbre de sa voix résonnera parmi nous, et son écho se fera entendre jusqu’aux extrémités d’un monde qu’il nous apprit à fréquenter et à réclamer comme le nôtre.

Persécuté par les siens, c’est au Canada qu’il trouva refuge. C’était au milieu des années 90. Il avait alors près de soixante ans. Engelbert Mveng, l’un des plus grands jésuites africains, historien et théologien de renom et fondateur d’une expérience monastique africaine venait d’être décapité. Ela, qui avait toujours manifesté pour lui une fraternelle piété fut profondément bouleversé et, dans sa lamentation, dénonça avec toute la force prophétique de sa voix cet odieux crime.

Derrière le meurtre de ce frère innocent, il vit la main d’un régime politique opaque et aveugle, organisé en une myriade de réseaux parallèles et en sociétés secrètes vouées au culte des fétiches et à la pratique des sacrifices humains.
Parce qu’il avait permis à ces réseaux et sociétés secrètes de coloniser l’État et parce qu’il tenait une grande partie de son pouvoir de son instrumentalisation de ces dispositifs de l’ombre, Ela tint Paul Biya, président de la République, directement responsable du sang d’Engelbert Mveng.

C’est alors qu’il fut, à son tour, confronté à des menaces de mort et quitta le pays.
La fin de son Exode, à l’autre bout de la terre, hiver de la solitude et de l’éloignement, ajoute son poids de honte et d’infamie au fardeau de notre douleur.

Elle fait remonter à la lumière du jour la nature ombreuse d’un Etat au berceau duquel gisent tant de crânes de tant de morts, tant de squelettes et tant d’ossements humains – la funeste récolte de tant d’emprisonnements, de tant de bannissements et relégations, de tant d’exils forcés, de tant de meurtres directs et indirects, de tant de pendaisons, empoisonnements et assassinats, depuis Rudolf Douala Manga Bell et Paul-Martin Samba du temps des Allemands en passant par Ruben Um Nyobè sous les Français, et, dans la foulée de la décolonisation, Félix Moumié, Abel Kingué, Ernest Ouandié, Osendé Afana, jusqu’à Abel Eyinga, Mongo Beti, Albert Ndongmo, Ahmadou Ahidjo, Engelbert Mveng, et tant d’autres, bourreaux, complices et victimes, morts et vivants confondus.

Comment en effet faire le deuil d’Ela sans inscrire ce qui lui est arrivé et son décès au loin dans cette longue histoire des exilés et la longue lignée des martyrs de notre peuple ?
Comment ne pas placer ses funérailles sous le signe du long récit de notre captivité intérieure, en souvenir de la persécution systématique de nos meilleurs esprits, de la destruction organisée de notre créativité – et l’espérance que lui-même ne cessa d’entretenir, qu’un jour à venir, résultat de nos luttes, ces tourments prendront fin ?

Au demeurant, la critique et la dénonciation de cette logique du meurtre et de la destruction sous-tend toute sa vie et son travail. Elle était particulièrement au cœur de sa réflexion théologique. Trois figures jouaient ici une fonction-témoin et, littéralement, hantaient son imagination. Et d’abord celui qu’il appelait “ l’homme de Nazareth ”, duquel il se sentait si proche, auquel il vouait une affection sans bornes, et dont il réinterpréta le calvaire si vivement pour ses contemporains dans Ma foi d’Africain.

Ensuite Abel, tué par son frère Cain et dont le cri monte jusqu’aux cieux, suscitant de Dieu lui-même cette implacable question à laquelle Ela revint sans cesse, comme si de la réponse à cette injonction dépendait le sens dernier de la vie et de la foi : “ Cain, qu’as-tu fait de ton frère Abel ? ”.

Et finalement, ce qu’il appelait “ le monde d’en-bas ”, ceux auxquels il s’identifia, les faibles et les opprimés, tous les déboutés de la vie et les “ sans-parts ” pour lesquels il manifesta un parti-pris radical, et dont les paysans africains avec lesquels il partagea quinze années de sa vie dans les montagnes de Tokombéré (nord-Cameroun) constituaient les témoins inquiétants, comme l’indique bien son beau livre L’Afrique des villages.

L’appel constant et le renvoi à ces trois inquiétantes figures octroyaient à sa critique une extraordinaire force d’accusation et une puissance de protestation rarement atteinte dans l’histoire de la pensée africaine. Sa capacité à montrer du doigt et à nommer l’immonde était inégalable. La sienne était une critique prophétique du pouvoir qui se nourrissait d’une intransigeance éthique et d’une colère d’essence biblique et testamentaire.

Cette critique et cette colère n’étaient pas seulement dirigées contre la puissance publique et les forces du monde. Elles n’épargnaient pas l’Église à laquelle il appartenait et qui, obsédée par les honneurs, le luxe et le profit, ne savait plus exercer la charité, exiger la justice et protéger les faibles. Cette intransigeance ne visait pas la condamnation des individus. Elle était déployée au nom d’un amour radical pour l’homme, et surtout pour le pauvre et le malheureux dont il épousa entièrement la cause.

Lui-même tirait une partie de son énergie spirituelle de la figure de Jean Baptiste – celui qui, prêchant dans le désert, se fit l’annonciateur de cet-Autre-qui-devait-venir. Et de fait, le thème de ce-qui-vient et le souci du futur devinrent des piliers de sa réflexion tandis que la force d’accusation et d’annonciation et le jugement prophétique porté sur l’histoire, le pouvoir et la vie donnaient à sa pensée le triple caractère d’un long procès, d’une longue méditation et d’une longue prière.

Aussi bien le procès, la méditation que la prière étaient marqués par un profond sentiment d’urgence, une foi inébranlable en la justice de Dieu, la force des pauvres et l’espérance d’un monde nouveau à faire sortir tout droit de nos mains (voir Le cri de l’homme africain), de nos savoirs, de notre intelligence et de notre mémoire (La plume et la pioche).

Cette pensée de l’urgence puisait également sa force et sa radicalité dans une pratique personnelle de l’ascèse – le renoncement à toutes choses superflues, la joie et la liberté intérieure que lui procuraient le fait de ne rien posséder sinon ses livres, son amour pour l’humanité et sa foi en Dieu. Il devait sans doute à cette vie ascétique l’éclat fulgurant de sa pensée, sa fidélité à l’égard des dépossédés, sa profonde dévotion pour l’Afrique et pour son peuple, et sa détermination à ne rien céder face à des pouvoirs voués à la destruction de la vie et décidés à échapper à toute dette de responsabilité.

C’est également cette pratique de l’ascèse qui fit de lui le théoricien africain sans doute le plus radical depuis Frantz Fanon.

Mais il fut aussi un prophète de l’espérance. De fait, le fondement de son œuvre intellectuelle et de sa praxis sociale fut de bout en bout l’espoir de libération des énergies cachées ou oubliées – l’espérance d’un éventuel retournement des puissances endormies, le rêve de résurrection.

Sa théologie en particulier s’origine dans ce rêve de résurrection. Chez lui, cette question de la résurrection était l’autre nom de la vie et de ce qu’il appelait la délivrance, ou encore la “ libération ”. Au demeurant, de ses enquêtes sociologiques, on peut dire qu’elles étaient le pendant séculier de sa critique théologique dans la mesure où elles avaient pour objet le dépassement de la mort et la célébration des luttes quotidiennes pour la vie et la dignité.
Il vécut sa vie comme une offrande au monde, à l’Afrique et à son pays, dans l’espoir qu’un jour proche, il sera possible à tous, et surtout aux faibles et aux malheureux, de participer à une vie humaine plénière.
Sa disparition laisse au tréfonds de nos vies une faille si immense qu’elle ne pourra jamais être traversée.
Elle nous fait pousser un cri de douleur si aiguë parce qu’à la mesure du don sans prix qu’Ela aura été pour les siens et pour le monde.
Il nous lègue un extraordinaire trésor qui alimentera l’esprit et les luttes des générations de demain.

C’est pourquoi, de Jean-Marc, nous nous souviendrons pendant longtemps, avec amour et filiale piété, chaque jour, comme le double qui accompagne le soleil au zénith, et la lumière qui fend de sa clarté l’ombre de minuit.

Principaux ouvrages

La plume et la pioche
Le cri de l’homme africain
L’Afrique des villages
Ma foi d’Africain
La ville en Afrique noire
Quand l’État pénètre en brousse
Innovations sociales et renaissance de l’Afrique
Afrique : l’irruption des pauvres

© 2009 Quotidien Le Messager
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le théologien en boubou: Jean-Marc Ela
Célestin Monga pleure Jean-Marc Ela
[Washington D.C - États-Unis] - 27-01-2009

Cher Jean-Marc, J’ai appris ton départ au lendemain de Noël dans la brutalité de l’hiver canadien. Je me trouvais à Fort-de-France où j’allais me recueillir sur la tombe d’Aimé Césaire, un de tes maîtres favoris. Mais j’espérais secrètement qu’un miracle surviendrait et reculerait le temps de la solitude. Il n’en a donc rien été. Oui, Jean-Marc. Ta mort aggrave dangereusement le vertigineux déficit de compassion qui a déjà fait de notre pays une méchante caricature. Elle nous prive d’un homme libre et prestigieux, doté d’une rare conscience de l’urgence et de l’exigence éthique qui est l’ingrédient premier de toute démocratie et de tout développement. Il ne nous reste qu’à accepter la médiocre consolation que, de là-haut, tu veilles sur ce pays et sur ce continent auquel tu avais si mal.

Mon cher Jean-Marc,

La nature de notre relation était telle que tu n’as jamais critiqué ni mes choix professionnels et intellectuels, ni ceux de tes nombreux enfants adoptifs. En dépit de ton opposition farouche au libéralisme économique, tu m’as toujours pardonné mon impertinence, mes incartades et mes propos parfois hérétiques. Tu m’as souvent félicité de mon travail, malgré ta défiance par rapport à l’institution Banque mondiale. Tu m’as toujours encouragé d’y apprendre chaque jour quelque chose de nouveau. Cette étrange tolérance m’a beaucoup grandi. Parfois d’ailleurs lorsqu’un hurluberlu désorienté par l’amertume m’interpelle non pas sur mon travail ou sur des actes que j’aurais posés (ce qui serait une critique légitime) mais sur l’idéologie supposée de mes employeurs, je me contente de sourire et de relire les mots que tu m’écrivais, puissants viatiques et balises de mon itinéraire. Ton soutien constant ne visait pas l’objectif petitement matérialiste et rancunier de ceux qui envoyaient Samba Diallo à l’Ecole du Blanc pour y “apprendre à vaincre sans avoir raison”. Tu estimais simplement que les relations humaines se situent à un rare niveau de complicité ardente, qu’elles s’énoncent dans un lieu où l’amour est inconditionnel et où ne sauraient parvenir ces peccadilles et artifices que sont les désaccords intellectuels et les opinions individuelles, au demeurant éphémères et dérisoires. Seules comptent la majesté du rêve commun et la texture de nos sentiments.

Il est arrivé à quelque donneur de leçon de me demander comment je pouvais bénéficier de ta bienveillance, moi l’économiste de la Banque mondiale et théoricien supposé du libéralisme. Les braves inquisiteurs qui se posaient ce type de question ne s’étaient probablement pas donné la peine de s’informer sérieusement sur la validité des attaches idéologiques dont ils m’affublaient, ni même sur le contenu de mon travail—qui pourrait leur en vouloir de n’avoir pas lu mes modestes écrits ? Plus grave : ils sous-estimaient l’étendue de ton cœur, la largeur de ton indulgence et ta capacité à questionner régulièrement tes propres certitudes intellectuelles. Tu croyais toi aussi que le doute est le meilleur ami de l’homme.
Il m’est quand même arrivé de penser furtivement à nos différences d’approches au sujet du libéralisme économique par exemple. Tu considérais la défense des intérêts des paysans africains comme un impératif moral. Violentés par un capitalisme tropical souvent caricatural, ces paysans-là ne se sont jamais laissé faire. Tu as d’ailleurs chroniqué mieux que personne leurs ripostes parfois très percutantes dans ton ouvrage Quand l’Etat pénètre en brousse. Tu y as dénoncé la démission de l’Etat, et suggéré une meilleure gouvernementalité des entreprises publiques africaines. Peut-être accordais-tu parfois le bénéfice du doute à ces leaders politiques autoproclamés et à ces fonctionnaires qui croient disposer d’une sagesse économique infuse ?

Pour ma part, je considère toute initiative marquée du sceau de la raison d’État comme étant a priori suspecte et souvent source de gaspillage de nos maigres ressources fiscales. Je me suis donc toujours méfié de l’exercice de la souveraineté étatique, surtout dans un contexte où ceux qui monopolisent la raison d’État entretiennent délibérément la disette comme moyen de maximiser leur pouvoir. J’ai donc été plus sceptique que toi de la capacité de nos planificateurs à la générosité douteuse, et ai toujours pensé qu’un libéralisme intelligemment régulé et bridé par le bon sens collectif pouvait être source de créativité et cadre de mobilisation d’énergies, surtout face à des Etats postcoloniaux à l’identité instable. Relisant ces jours-ci Travail et entreprise en Afrique noire, un de tes derniers ouvrages consacrés à l’entreprenariat africain, il m’a semblé que nos opinions n’étaient pas vraiment éloignées l’une de l’autre.

Cher Jean-Marc,

Il existe une Afrique surpeuplée de doutes, confisquée par des “dictateurs stagiaires” (Mongo Beti), des “despotes obscurs” (Edem Kodjo), des leaders d’opposition aigris et agités, des diplômés illettrés et des “intellectuels tarés” (Nicephore Soglo), des Feymen dont la fortune appauvrit la société, des étudiants en colère devenus conservateurs, des fonctionnaires qui théorisent la paresse, des jeunes qui risquent leur vie dans les soutes d’avion pour aller chercher un eldorado improbable en Occident, et des femmes désabusées qui consacrent leurs économies dans les cybercafés à chercher des maris sauve-misère dans l’Internet.

Mais tu as montré dans tes travaux que l’Afrique, qui compte désormais 1 bon milliard d’individus, est bien plus que cela : c’est aussi le continent des femmes-courage, des paysans-sans-peur, des enfants qui travaillent pour effacer les cicatrices de l’Histoire, bref, le lieu des grands rêves et de toutes les possibilités. Malheureusement, tous ces efforts et sacrifices sont souvent réduits à néant parce que des dirigeants et des élites perverties y ont institué le goût du crime, le désir collectif du suicide.

Oui, c’est bien cela. Paradoxalement, ce que nous devons déplorer véritablement aujourd’hui, c’est la mort de Satan dans nos vies – c’est-à-dire la disparition de l’idée du mal, le mépris de toute ambition éthique, la banalisation du diable, la valorisation de la cruauté et la perte collective du sens de la responsabilité. Dans les orgies et les médiocres séances de magie qui ponctuent la vie quotidienne au Palais présidentiel d’Etoudi et où on joue à se faire peur, la mort de Satan est donc en réalité la réhabilitation du diable, désormais vêtu aux couleurs de la République. Cette jouissance nihiliste a ses symboles réels et sa marque déposée : les louanges chantées au chef infaillible constituent le véritable hymne national. Le ventre est l’emblème de la nation. Les grenades, les fusils, les bombes lacrymogènes et les chars anti-émeute en sont les armoiries officieuses. La vraie couleur du drapeau est le sang des innocents, assassinés et enterrés dans l’oubli. Leurs noms s’égrènent comme une interminable litanie cannibale : ton ami le révérend Engelberg Mveng, Monseigneur Yves Plumey, l’abbé Joseph Mbassi, et de nombreux citoyens anonymes qui n’ont eu que le tort d’être vivants – sans autorisation.

Cher Jean-Marc,

Tes livres ont identifié le problème principal dont souffre l’élite africaine aujourd’hui. Lequel ? Le déficit d’amour-propre et la haine de soi, sentiments déguisés en haine de l’autre. La haine du voisin donc, de celui qui ne parle pas la même langue ou qui ne pratique pas la même religion. L’agitation sadomasochiste autour des mythes de la différence. Dans ce Cameroun qui te préoccupait tant, on désigne cet autre (qui n’est donc que soi-même) sous les étiquettes les plus ostensiblement péjoratives. On parle ainsi du “Nordiste”, du “Maguida”, du “Sudiste”, du “Beti”, du “Bamiléké”, de “l’Anglophone”, du “Bassa”, du “Douala” ou du “Bafia”… Comme si ces vignettes avaient une signification quelconque dans ce pays où les voyous qui “gouvernent” se recrutent dans toutes les ethnies et pratiquent toutes les religions. Comme si le fait d’insulter et d’humilier le voisin mettait du baume au cœur dans ce pays où les citoyens de toutes les ethnies et religions meurent de faim, ne peuvent pas se soigner ou envoyer leurs enfants à l’école.

L’intensité de ton travail et l’élégance de ton mode frugal de vie m’ont permis de mieux comprendre le véritable statut de la pauvreté. Contrairement à ce que l’on a tendance à croire, elle n’est pas l’autre versant de la richesse. Elle est un lieu psychologique, un vécu, une approche de l’existence. Si on ne le comprend pas, on court le risque de tomber dans le piège d’une forme de “pauvreté enrichie”, bien pire que le dénuement matériel. Sony Labou Tansi avait probablement la même intuition quand il disait : “Je ne suis pas à développer, je suis à prendre ou à laisser”.

Mon cher Jean-Marc,

Les vieilles photos peuvent être sadiques. Elles déterrent les souvenirs et remuent la mémoire parfois de façon impitoyable. J’en ai conservé quelques-unes de toi, prises au fil des ans, exprimant chacune à sa manière l’impérieuse vérité de ton personnage. Certaines me sont particulièrement pénibles à regarder. Comme celle-là qui doit bien dater d’une vingtaine d’années, sur laquelle on te voit vêtu d’un de tes légendaires boubous devant ta maison de Yaoundé. Ton léger collier de barbe noire tempère l’acuité de ton regard mais l’image dégage une mélancolie douloureuse. On y voit l’homme préoccupé, habité par cette mystérieuse sensibilité qui permet à certains de capter les signes prémonitoires de la catastrophe, de pressentir un tremblement de terre ou un cyclone. A ton regard, on peut bien voir que tu sais beaucoup plus de choses que tu ne souhaitais le savoir, et que la conscience du mal qui rôde autour de nous te pèse terriblement.

Cette autre photo, datant de quelques mois seulement, prise à Boston College où tu enseignais encore récemment, suscite chez moi des sentiments mêlés, tristes et gais à la fois. J’y revois ton visage de prophète lucide et inquiet, ton air à la fois lointain et seigneurial, tes accès de drôlerie contenue, et cette distinction dans le geste qui te donnait constamment un air de paysan aristocrate. J’y retrouve cependant la douceur de ton regard posé sur mes enfants, l’intime complicité entre vous, et aussi dans la lueur sombre de ton visage pourtant auréolé de cheveux et d’une barbe blanche, cette lueur que j’interprète aujourd’hui comme le reflet d’une douleur silencieuse et intime.

Cher Jean-Marc,

Tu as donc tiré ta révérence après une existence intense. Personne ne t’accusera de démission : tu t’es battu comme bien peu d’autres. La vie sur terre n’est pas une sinécure. Comme le dit avec humour le chanteur Douleur, Jésus-Christ lui-même s’en était aperçu lorsqu’il est venu pour changer les hommes. Non seulement ceux-ci n’ont jamais voulu de son message mais ils l’ont torturé, écartelé et cloué sur une croix, avant de le renvoyer sans état d’âme au paradis en guise de punition. Au risque de blasphémer, il n’est pas difficile d’ailleurs d’imaginer Jésus retournant au paradis, violenté, boursoufflé et ensanglanté, et disant à son Grand Commanditaire : “Mon Père, tu m’as confié une mission impossible ! Ces hommes que tu as créés sont ingérables. Ils sont tous fous !...”

Oui, ils doivent être fous à lier, ces gens dénués d’humanité qui t’ont menacé, pourchassé, traqué, et contraint à quitter ton pays bien-aimé sans aucune préparation, à l’âge respectable de soixante ans, pour aller affronter les déchirures d’un exil glacial et solitaire. Aucun asile psychiatrique ne serait assez grand pour les contenir. Aucune sanction ne serait assez sévère pour réparer l’irréparable et aucun tribunal assez solennel pour mesurer la gravité de leur faute. Aucun tribunal sinon, peut-être, celui de leur conscience. Le problème est que ces gens-là n’ont manifestement aucune conscience. Il va donc falloir que nous passions à la vitesse supérieure, c’est-à-dire que nous les obligions à confronter leurs mauvais totems. Et reconnaître que le souci d’éviter la violence comme mode de réponse à la cruauté ne doit pas exclure le recours à la force comme instrument de la justice.

Ecrivant d’ailleurs ces lignes, je me souviens du rêve éveillé que j’ai eu l’autre soir. Tu dialoguais avec Dieu. Tu lui demandais pourquoi il a donné tant d’intelligence aux Africains si c’était pour les priver de s’en servir. Il te répondait sur le ton de l’énigme qu’il a offert la liberté à tous les hommes. Et que c’est bien à chacun de définir l’objet et le champ de cette liberté et de l’exercer. En ce moment de gloire et de modestie où l’Amérique s’offre comme visage le fils d’un émigré kenyan, l’urgence de l’instant est encore plus vive. Ton regard nous interpelle. Ton sacrifice nous impose également notre prise de responsabilité.

Mon cher Jean-Marc,

Je pense à toi en lisant ces vers d’Aimé Césaire gravés sur sa modeste tombe au cimetière de La Joyau en Martinique :
“J’habite une blessure sacrée
J’habite des ancêtres imaginaires
J’habite un couloir obscur
J’habite un long silence
J’habite une soif irrémédiable
J’habite un voyage de mille ans
J’habite une guerre de trois cents ans
J’habite un culte désaffecté…
J’habite la débâcle
J’habite le pan d’un grand désastre”

Oui, Jean-Marc. Ta mort aggrave dangereusement le vertigineux déficit de compassion qui a déjà fait de notre pays une méchante caricature. Elle nous prive d’un homme libre et prestigieux, doté d’une rare conscience de l’urgence et de l’exigence éthique qui est l’ingrédient premier de toute démocratie et de tout développement. Elle nous prive d’un regard aigu sur nous-mêmes, d’une ascèse dans l’action, et de l’indispensable sentiment de culpabilité qui devrait accompagner chacun de nos actes. Il ne nous reste qu’à accepter la médiocre consolation que, de là-haut, tu veilles sur ce pays et sur ce continent auquel tu avais si mal.
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Jean- Marc Ela: Requiem pour un martyr de la résistance
Hommage de Ambroise Kom
[Worcester - États-Unis] - 27-01-2009

L’œuvre de Jean-Marc Ela est un patrimoine dont les Camerounais et les Africains devraient s’enorgueillir. La mort en exil de Jean-Marc Ela, comme celle de Mgr Albert Ndongmo hier devrait interpeller toute la nation camerounaise.

Autant que je me souvienne, Jean-Marc Ela et moi sommes arrivés la même année (1984/1985) comme enseignants à ce qui était alors l’Université de Yaoundé et qu’on appelle aujourd’hui la mère, bien indigne par nombre de côtés, des institutions publiques d’enseignement supérieur au Cameroun. En 1985, j’avais rendu compte de son ouvrage, Ma foi d’Africain dans un petit texte publié dans Cameroon Tribune et repris dans Peuples noirs Peuples africains (48, 1985), revue dirigée par Mongo Beti et Odile Tobner.
Ce texte ouvrit la porte de ma rencontre avec Jean-Marc avec qui je suis resté solidaire et en contact, pratiquement jusqu’à la fin de sa vie. En effet, notre dernière rencontre remonte à mai 2008 dans l’enceinte de Boston College, une des multiples institutions de cette pittoresque ville de la Nouvelle Angleterre qui se targue aussi d’être le quartier latin de l’Amérique. En 2007/2008, Jean-Marc avait été l’hôte de la maison des Jésuites de Boston College, vénérable institution créée par les Jésuites en 1863.

En mission à Boston où il avait lui-même séjourné quelques années auparavant, Célestin Monga me demanda de venir de Worcester pour une soirée de retrouvailles fraternelles avec Jean-Marc. Après un bref échange dans un austère salon de la Maison des Jésuites, notre soirée se poursuivit dans l’un des nombreux restaurants asiatiques dont regorge la très cosmopolite ville universitaire.

Il m’était certes arrivé de revoir Jean-Marc à l’occasion d’un séjour au Canada ou même au hasard d’une visite à Présence Africaine ou à l’Harmattan à Paris. Il me souvient que c’était des occasions chaleureuses où l’on évoquait avec émotion et même une certaine nostalgie notre compagnonnage à Ngoa-Ekelle dans les années ‘80-‘90. Mais c’est surtout en cette soirée de mai 2008 que j’eus l’occasion de véritablement faire le point avec Jean-Marc, non seulement sur sa recherche mais aussi et surtout sur ses rapports avec le Cameroun, ce pays qui nous est cher mais qui a l’art d’assassiner physiquement les meilleurs de ses enfants, ou qui déploie un incroyable génie à les traumatiser jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Je me garderai de m’attarder ici sur l’immense héritage intellectuel de Jean-Marc Ela. Ce ne serait pas rendre justice à une production qui mérite d’être décryptée avec soin dans des colloques, dans des ouvrages collectifs, dans des dossiers scientifiques ou dans diverses monographies. L’œuvre de Jean-Marc Ela est un patrimoine dont les Camerounais et les Africains devraient s’enorgueillir. Il a élaboré de nombreuses pistes pour résister aux oppressions qui nous tenaillent, qu’il s’agisse des pièges des religions révélées, des fourberies du grand capital international ou de l’ignominie des suppôts du colonialisme et de l’impérialisme. Et c’est à juste titre que nombre de ses ouvrages s’adressent aux paysans perçus ici comme symboles de l’Afrique profonde, de l’Afrique des douleurs.

Cette œuvre s’adresse aussi à la jeunesse qui, au sein d’un Etat souvent moribond, a malheureusement tendance à démissionner, faute de modèle et d’un cadre stimulant et d’inventivité. Elle propose des stratégies de lutte, des manières de rebondir et de relever certains défis. Du temps où il enseignait au département de sociologie de l’Université de Yaoundé, Jean-Marc Ela était non seulement une référence intellectuelle mais l’espace où venaient se réfugier les étudiants victimes des mesquineries et des discriminations qui minent les rapports enseignants/enseignés dans nombre de structures pédagogiques de cette vénérable institution. Son départ les laissa orphelins.

Mais en cette soirée de mai 2008, l’œuvre de Jean-Marc Ela ne fut pas au menu de nos échanges. Depuis son exil forcé, il produisait à un rythme littéralement vertigineux, presque comme par vengeance. Ecrire était comme une forme de résistance, un refus de se laisser mourir et de défier ceux-là mêmes qui l’avaient contraint à quitter la chaleur du “ monde d’en bas ” pour s’installer dans l’austérité, l’indifférence et la précarité d’un des pays les plus froids de l’hémisphère nord. Et c’est justement son activité d’écriture et son mode de vie qui m’interpellèrent. Alors que Jean-Marc m’était toujours apparu comme un baobab intellectuel, un roc immuable de par la force de ses idées et de ses prises de position publique, il m’apparut ce soir-là d’une fragilité tout à fait inattendue. Certes, il semblait frêle et déjà passablement affaibli. Au regard de l’immense plaie de l’exil qui le rongeait et la place qu’occupait le Cameroun dans son cœur et dans sa pensée, je me fis fort de lui proposer d’organiser un peu à la manière de ce que l’on fit pour Mongo Beti en 1992, un retour solennel au Cameroun.
Assez paradoxalement, Jean-Marc ne vit pas les choses ainsi et le confessa plus tard à des proches. M’avait-il trouvé naïf ? Pensa-t-il que je pouvais même être l’ombre de Jean Fochive venu le hanter jusque dans sa retraite chez les Jésuites de Boston College ? Son attitude méfiante me rappela celle de Mongo Beti lorsque dans les années 1980, je lui proposai de revenir au pays ne serait-ce que pour rendre une ultime visite à sa mère grabataire. Il me semble que l’un et l’autre ne voyaient que les risques personnels ou les bénéfices politiques que le régime en place pouvait tirer de leur retour ! L’un et l’autre avaient peut-être raison et j’étais sans doute trop naïf de croire qu’on pouvait pousser la lutte à un niveau tel que, dans certaines circonstances, l’itinéraire personnel se transforme presque naturellement en bouclier !

Quoi qu’il en soit, il m’était difficile d’oublier que Jean-Marc avait été l’un des premiers signataires d’une pétition qui me sortit des geôles de la Brigade Mixte Mobile en 1987 lorsque j’y fus enfermé après une banale prise de parole à l’amphi 700 de l’Université de Yaoundé dans un débat sur la littérature politique au Cameroun. Et comment Jean-Marc lui-même pouvait-il avoir perdu de vue toutes nos réunions plus ou moins clandestines pendant la crise estudiantine du début des années 1990 et de notre indéfectible solidarité autour de l’affaire Monga-Njawe-Le Messager de ces mêmes années là ? Que dire de nos missions conjointes auprès de la mère de Mongo Beti avant le retour de l’exilé en 1992 ? Certes, j’étais l’intermédiaire qui convoyait d’Europe le viatique mais Jean-Marc était l’interprète et le prêtre qui mettait un peu de baume au cœur de la Vieille maman qui depuis plus de trente ans attendait à Akométam le retour de son prodige de fils !

Une seule conclusion mérite d’être tirée. Contraint à l’exil après l’assassinat dans des conditions obscures et jamais élucidées du Père Mveng, son compère bien-aimé, tout indique que Jean-Marc, malgré sa puissance intellectuelle, n’a pas véritablement réussi à se donner de nouveaux repères en transcendant le chaos et l’absurde qui caractérisent le Cameroun post-colonial. La mort en exil de Jean-Marc Ela, comme celle de Mgr Albert Ndongmo hier devrait interpeller toute la nation camerounaise. Il en va de même des conditions dans lesquelles se sont éteints d’autres intellectuels comme René Philombe, Mongo Beti, Tchundjang Pouémi, etc. Ailleurs, les producteurs d’idées sont consacrés comme patrimoine national et des institutions sont mises en place pour leur permettre d’animer la vie intellectuelle du pays en menant une vie décente.

En Afrique, les penseurs non conformes ne semblent guère avoir droit de cité. Lorsqu’ils ne sont pas réprimés, contraints à l’exil, ils sont réduits à une vie végétative qui leur garantit une disparition prématurée alors que tout est presque toujours mis en œuvre pour soigner et mettre à l’abri du besoin les penseurs de la conformité socio-politique. Pauvre Afrique !
En tout cas, Jean-Marc fut un frère et un compagnon de lutte pour l’avènement d’un autre Cameroun. Les raisons et les circonstances de son exil autant que les conditions de sa disparition doivent être méditées. Il s’agit d’un événement à inscrire en gras dans la colonne du lourd passif du Cameroun post-colonial.

© 2009 Quotidien Le Messager
 

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