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06.09.2006

Me Black Yondo parle 

Ce n’est pas Lénine qui s’interroge, ni le propos de lamentation du Camerounais dans son‘’on va faire comment’’ qui le range dans la race des pleureuses. Il s’agit d’un appel profond de tout un peuple

Par Me Black Yondo

Ce n’est pas Lénine qui s’interroge, ni le propos de lamentation du Camerounais dans son‘’on va faire comment’’ qui le range dans la race des pleureuses. Il s’agit d’un appel profond de tout un peuple à la réflexion pour sortir résolument le pays du gouffre dans lequel il se trouve. Loin de nous toute intention de donner des leçons à qui que ce soit. Il s’agit pour nous d’exprimer ce que nous ressentons au plus profond de nous-même face à ce que nous pouvons appeler la déconfiture du pays.Nous n’avons pas le droit d’abandonner le pays en otage entre les mains de ceux qui n’en veulent aucun bien. Nous n’avons pas le droit de sacrifier l’avenir de nos enfants par une crainte de représailles qui s ‘apparente à la lâcheté ni dans l’espoir d’une promotion qui ne viendra jamais, un espoir qui est l’expression d’un ‘’ego’’ qui tue à petit feu. Mais alors, que faire ?Se prendre en mains ; c’est d’une urgence capitale ! Car il y va de l’avenir de notre pays et de la survie de notre peuple.

I – A l’origine de nos maux : le président Ahmadou Ahidjo Depuis un certain 6 novembre 1982, journée de tous les espoirs, nous avons paradoxalement amorcé notre descente aux enfers. Pouvait-il en être autrement lorsque nous analysons sans passion le passage du témoin, en considération des hommes et des femmes d’Etat de l’époque. Le président Ahidjo a voulu d’une transition sans heurts en cooptant son successeur dans le sérail. C’était son droit le plus absolu, et il était difficile d’envisager un autre scénario, car dans le contexte de ces années-là, il n’avait de comptes à rendre à personne, sinon à sa seule conscience et peut-être à Dieu, tant ses faits et gestes étaient regardés comme expression de l’évangile. Peut-on dire aujourd’hui, avec tout le recul nécessaire qu’il ait coopté le plus outillé pour mener le navire à bon port ?

La première réponse viendra de lui-même quand il dira, parlant de l’actuel locataire du Palais d’Etoudi, ‘’je le connaissais faible, mais pas fourbe... ’’ Comment peut-on mettre avec bonheur à la tête d’un pays un ‘’homme faible’’? Nous le savons tous, diriger un pays requiert une bonne dose d’intelligence, et il n’y a pas d’intelligence sans caractère. C’est tout dire… La chose se compliquera davantage quand on sait que ce pays, riche en ressources humaines a de tout temps été difficile et complexe.

La deuxième réponse, nous la tirerons des calculs politiciens du président Ahidjo, résolu à demeurer figure dominante et incontournable du jeu politique. En effet dans sa stratégie de création d’un environnement politico-administratif à sa dévotion, il a tout simplement usé du décret pour fabriquer de toutes pièces des hommes politiques en puisant dans le vivier de la haute administration, sachant bien que qui dit Administration, dit hiérarchie et subordination. Tout un programme ! Et c’est ce qui nous a valu ces hommes politiques-fonctionnaires et au rang desquels :Victor Ayissi Mvodo, magistrat, François Sengat Kuo, Haut fonctionnaire du Ministère des affaires étrangères, William Aurélien Eteck’a Mboumoua, administrateur de la France d’Outre-mer, et ancien Secrétaire général de l’Oua, Paul Biya, Haut fonctionnaire de l’administration centrale, et, à une moindre échelle, Joseph-Charles Doumba, administrateur civil, pour ne citer que ceux-là.

De tous ces acteurs, si l’actuel Président de la République était proche collaborateur de son prédécesseur, il n’était qu’un homme de dossiers, formé pour recevoir des instructions et les exécuter ; son expérience technique n’en faisait pas un homme politique au sens noble du terme, encore moins un chef d’orchestre appelé à concevoir, à initier, à animer et surtout à trancher. A la lumière de ces données historiques, l’on ne peut que comprendre pourquoi le bateau tangue aujourd’hui en haute mer au lieu d’avancer. Il manque un maître à bord.Dans les calculs du Président Ahidjo, Ayissi Mvodo, ayant pris goût au pouvoir dans les dédales politiques, affichait une assurance et une indépendance de pensée et d’action difficile à tolérer, voire à contrôler. Le passé militant d’un François Sengat Kuo à l’Unek et à la Feant n’était pas pour rassurer, Et la dimension d’un William Etek’a Mboumoua aurait pu porter ombrage à celui qui, même dans l’ombre, entendait rester présent et maître du jeu politique. Quant à Joseph-Charles Doumba, il demeurait la girouette patentée, et donc le porteur d’eau par destination de celui qui l’emporterait.

Dans ce calcul politicien qui n’avait pour finalité que la conservation du pouvoir par manipulation dans l’ombre, il apparaît clairement qu’Ahmadou Ahidjo n’avait nullement en vue l’intérêt du Cameroun ; ce qui explique aujourd’hui que ce pays est comme une épave qui vogue au gré des vagues, parce que dirigé par celui qui attend toujours des instructions, mais des instructions qui ne peuvent plus venir de nulle part. D’où l’ennui qui le force à voyager sans cesse hors du pays, de vivre hors du Palais, pour fuir les responsabilités et les charges attachées à sa haute fonction.

Dans la gestion des affaires du pays, autant le Président Ahidjo s’arrangeait pour avoir à ses côtés les meilleurs cadres du pays, quitte à les compromettre, autant l’actuel Président se méfie des compétences, les éloigne de lui, les muselle, quand il ne les broie pas tout simplement. Qui oserait contester que depuis que l’homme du renouveau, devenu l’homme-lion, et par la suite l’homme des grandes ambitions, préside aux destinées du pays, tout est fait pour déprécier l’effort, dénigrer le mérite, privilégier la tribu, le copinage, la secte ? Qui ? …

Si la décomposition qui affecte le pays a des effets pervers multiformes, c’est surtout sur le plan moral que les dégâts sont considérables, tant l’inertie, euphémisme pour désigner la paresse et la démission, affecte un Président qui a désormais perdu la main, le sens des réalités et a réussi l’exploit de créer un paradis d’initiés, qui a lui-même favorisé l’émergence d’une société incivile.

Le fossé entre une poignée de nantis pervers et l’immense majorité de laissés-pour-compte s’est élargi de jour en jour à la faveur d’une forme d’impunité née de la démission complice d’un monarque absent, fatigué, irresponsable et vicieux. C’est ainsi que nous sommes parvenus à cette désintégration sociale sans précédent, avec comme corollaire, la résignation d’un peuple qui puise tous les jours davantage dans ses dernières forces de résistance que le monde entier lui reconnaît sans comprendre comment il y parvient. Il est temps d’arrêter de se bercer d’illusions, parce que fatalement, un jour, tout finira par éclater. Y avons-nous intérêt ?

Monsieur Biya, à la veille du congrès du Rdpc, Renoncez au pouvoir et, Ensemble, nous retrouverons paix et bonheur. Le Cameroun a opté pour un régime de type présidentialiste fort, où la clé de voûte reste et demeure le chef de l’Etat. Dans un tel régime, qu’on le veuille ou non, tout passe par celui-ci ; Et pour que les affaires marchent dans un tel système, il faut que le Président soit présent, qu’il soit ce chef d’orchestre sans lequel la musique n’a pas de sens, que la partition de chaque musicien soit bien écrite et que son exécution soit parfaitement contrôlée ; Il faut que le Président ait une réelle capacité à prendre du recul pour nourrir un rêve, des ambitions, un projet à traduire en programme pour le pays et qui devrait être exécuté par des hommes et des femmes entièrement acquis à la cause du développement. Il faut qu’il ait conscience qu’en politique, il faut anticiper, prévoir, initier, agir, distribuer, arbitrer et que sais-je encore. Nous en sommes loin et pour cause ! Gouverner ce n’est pas seulement administrer. Faut-il le dire ou le répéter dans ce pays sans conseils de ministres réguliers ?

II – Pourquoi Paul Biya doit déposer son tablier de chef de l’Etat Si nous parcourons rapidement l’histoire récente de notre pays, nous constatons avec beaucoup de déception que le détachement du Présidant n’a d’égal que son inconscience et la légèreté avec laquelle il aborde les problèmes cruciaux de notre pays. Plus de 20 ans de règne sans partage, le régime dit du Renouveau n’a pas pu jeter les bases d’un développement durable du pays, pas de routes, pas de tissus industriel, pas de moyens de communication, pas de politique d’énergie, pas de politique d’urbanisation. Sur le plan social, la misère est devenue le lot de tous, le chômage est endémique ; deS diplômés d’université sont loin de trouver leur premier emploi, nos hôpitaux sont de véritables mouroirs ; quant à la justice, elle n’existe plus que pour les riches car la corruption qui a gangrené tous les secteurs d’activités n’a pas épargné nos cours et tribunaux ; l’insécurité qui règne dans nos cités témoigne, s’il en était besoin, de l’absence de l’autorité de l’Etat ; le commerce du sexe n’est plus l’apanage de la gente féminine qui discute aujourd’hui le coin du trottoir avec nos jeunes gens, sans parler de l’homosexualité qui, pour ceux qui ont perdu tous repères de la morale, est devenue une des formes modernes de l’expression de la liberté.

Ce sombre tableau, qui ne décrit pourtant qu’une infime partie de ce que nous vivons sous l’ère du Renouveau, peut-il simplement permettre une vie sociale paisible ? J’observe le camerounais, quel que soit son rang social, désorienté, ployant sous le poids des taxes et de la misère, et je ne puis m’empêcher de me demander quelle dose d’endurance il s’est ingurgité. En effet, comment comprendre que l’on puisse souffrir autant, face aux dures réalités de cet environnement infernal imposé et afficher tant de passivité. D’aucuns diront que nous vivons sous le règne de la grâce, tandis que d’autres y verront un passage obligé vers Canaan…. Mais tout le monde, partenaires au développement compris, s’accorde à penser qu’il faut trouver une solution au "problème Cameroun", parce qu’aucun signal fort ne vient de celui qui ne sait plus lui-même où il en est avec les différentes initiatives dans lesquelles il s’engouffre malgré lui et qu’il a tôt fait d’abandonner dès que le suivi commande transparence et implication personnelle.

Bien au contraire, il accentue l’absentéisme le plus total, et laisse chacun de ses supposés et pléthoriques collaborateurs user de la parcelle du pouvoir qu’il lui a cédée dans un ‘‘deal’’ aux contours maffieux. Ces dernières années ont été marquées par l’obnubilation de l’atteinte du point d’achèvement, véritable sésame, selon le Renouveau, dans ce contexte global d’ajustement où nos dirigeants n’ont même pas retenu la leçon essentielle de ces politiques, à savoir, la discipline budgétaire.

On était donc en droit d’attendre une fois ce fameux point atteint ou franchi, que le premier d’entre nous déroule une nouvelle approche pour exprimer sa vision pour les prochaines années. Que nenni, il se fend d’une déclaration décevante à tous points de vue. Lui qui nous a fait manger du " point d’achèvement " à toutes les sauces, nous dit en fin de processus que ce n’est pas la panacée. A croire que Paul Biya est convaincu que nous sommes des demeurés et que nous avons la mémoire courte...

Source : Quotidien Mutations
 

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