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28.02.2007

L’île de Manoka, chef-lieu de l’arrondissement éponyme regroupe une vingtaine d’îlots 















Manoka, un arrondissement fantoche

Quatorze ans après sa création, l’arrondissement reste un éléphant blanc. Abandon et décrépitude.

L’âge d’or

L’île de Manoka, chef-lieu de l’arrondissement éponyme regroupe une vingtaine d’îlots. Aujourd’hui dans la déchéance, Manoka a connu jadis près d’une centaine d’années de gloire. “ Faisant d’elle une principauté similaire à celle de Monako, comme très souvent le lapsus conduit à l’appellation et à l’écriture ” affirme un quinquagénaire. Une période qui est allée du début du siècle avec l’arrivée des Allemands au Cameroun jusqu’à la réunification (soit de 1884 – 1972). Période pendant laquelle l’île de Manoka a connu un progrès économique, social et culturel sans précédent. Des années de splendeur et de vache grasse, impulsées notamment avec l’installation de la société Snc Bois. La plus grande société forestière et de traitement de bois du début des années 1900 qui faisait dans l’exploitation de l’azobé, une essence qu’on trouvait uniquement dans l’île.
C’est cette société qui a été le moteur du flux migratoire d’une forte population cosmopolite dans l’île avec les milliers d’emplois qu’elle offrait. Mais aussi du développement de la localité avec un réseau ferroviaire et routier tombé en désuétude et dont seules les reliques de rails et de chariots rappellent l’existence à ceux qui ont connu cette époque de gloire. “ Où les différents transports, même maritime à l’aide des chaloupes, étaient gratuits pour les populations ”, se souvient Tokoto François. De même que la consommation du courant électrique, l’accès aux soins de santé de haut standing et à la scolarité. Toutes choses aujourd’hui disparues.

Etat des lieux

A l’opposé de cet âge d’or, Manoka présente aujourd’hui “ un triste visage d’un territoire enclavé et sinistré, où les populations abandonnées à elles-mêmes, vivent dans la pauvreté. ” Résulatante d’une décadence qui a débuté en 1972 avec la fermeture de la Snc Bois. “ Après avoir pillé toutes les richesses forestières de l’île, on nous a laissé un patrimoine dans la déchéance ” regrette Elimibi Ebénézer. Le moulin et les bâtisses laissés par la Snc Bois sont tombés en ruine. Ce sont certaines de ces bâtisses qui ont été récupérées pour abriter la résidence du sous-préfet, les services de la sous-préfecture et la mairie. Malheureusement treize années de présence de la première et onze années de mairie n’ont toujours rien apporté. Tout comme l’ensemble du patrimoine hérité de la Snc Bois.
Conséquence, l’électrification est encore un mirage malgré l’installation d’un groupe électrogène de 100Kw offert par la Communauté urbaine à la commune rurale de Manoka en 2002 pour un coût d’une centaine de millions Fcfa. Exorbitant. Et en dépit des installations d’un réseau de branchement électrique effectuées à plusieurs dizaines de millions Fcfa. L’accès à l’eau potable n’est pas toujours une réalité malgré les efforts observés. “ Le château d’eau qui est un don de la fondation Chantal Biya et réalisé par le Feicom n’a fonctionné que pendant 30 minutes ” lors de la cérémonie officielle de lancement. Les robinets du réseau d’adduction financé par la mairie sont toujours à sec, le système de pompage de la dizaine de forages réalisés par la mairie, sont endommagés. Les uns sont asséchés et les autres sont transformés en puits. “ Corollaires des investissements précaires ”, conclut un agent de la mairie. Les seules réalisations remarquables de l’île de Manoka de nos jours sont le bâtiment flambant neuf de la perception financé entièrement par la commune et le chantier de construction des services d’arrondissement du Minepia.

L’abandon de l’Etat

L’arrondissement de Manoka a été crée en 1993 au plus fort du conflit de Bakassi, dans la mouvance de la reprise en main du contrôle des îles camerounaises, fortement dominées par les communautés étrangères. Les autochtones avaient vu une volonté gouvernementale de s’investir pour redorer le blason de cette île aux richesses touristiques inexploitées. Quatorze ans après, le constat est lamentable : “ On se demande toujours si ce n’était pas une chimère, les investissements n’ayant toujours pas suivi. Même les retombées des fonds Ppte sont inexistants ”, s’étonne Edimo Djocko.
Cette surprise est passée à l’exaspération. Ayant la certitude d’un sentiment d’abandon. Confortées, avec l’oubli de l’arrondissement de Manoka dans le budget d’investissement 2007. “ La publication récente des listes de tous les projets et opérations d’investissement public à réaliser dans les différentes localités du Cameroun pour l’exercice budgétaire 2007 n’a rien prévu pour notre arrondissement pourtant même les districts y figurent. Pourtant la province du Littoral y compte près de 320 projets pour un total d’investissement de 12.547.337.000 Fcfa ”, s’insurge Din Henri.
Or, ce n’est pas les besoins qui font défaut : “ Sur le plan sanitaire, le centre de santé est inadaptée au statut d’un arrondissement et le corps médical pas toujours à la hauteur des attentes des populations ”, s’indignent les élites. Le centre de santé est dirigé par un aide-soignant, apprend-on. Le transport public entre Douala et Manoka se fait à l’aide des embarcations de fortune et sous équipées. Le potentiel touristique de la localité reste inexploité. Les établissements secondaires font défaut. La création du Ces date de septembre 2006, et la construction des salles de classes est attendue. L’insuffisance voire l’inexistence des salles de classes caractérise les écoles de Cap-Cameroun, Kooh, Kombo à Moukoko, Bwapé et autres. “ Autant de maux qui accablent notre arrondissement et qui ont accentué le désarroi des populations durement touchées, favorisant l’exode rural des populations autochtones et l’installation massive des populations étrangères ” rétorquent les élites.
Pis encore. Les autorités administratives et les autres fonctionnaires qui y sont affectés n’y résident même pas. La majorité considèrent toujours leur affectation dans cette unité administrative comme une sanction.

La responsabilité des élites

L’arrondissement de Manoka souffre d’une méconnaissance de ses fils et filles.“ Tous ont un village d’origine, soit Mouanko, Bakoko, Malimba ou Edéa avant de s’identifier comme fils de Manoka. Ce qui fait que leur intérêt pour cette localité est ravalé au second plan ” explique un gendarme en service à la brigade de Manoka. L’on reproche à l’élite de na pas s’impliquer ou suivre les dossiers de cette localité dans les cercles de décision. La brigade de gendarmerie est un ouvrage construit en étage pourtant sur le terrain il n’en est rien ? ” révèle-t-on. Transférée de Sandjè pour Manoka en 1960, la gendarmerie est toujours logée dans une bâtisse sur pilotis fait en matériaux provisoires, en ruine. Et pour cause. Les élites ne sont pas organisées. “ C’est la seule communauté qui n’a pas de comité de développement constitué ”, poursuit l’homme en tenue. Le groupuscule des élites extérieures qui s’est retrouvé à Manoka lors de la fête de la jeunesse reconnaît que “ Manoka est malade de ses propres enfants. ” Pour des raisons de positionnement politique, il y a une forte division inter ethnique. “ Il y a ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre pour qu’une frange soit marginalisée, contribuant à la remontée en puissance de la communauté étrangère ”, déplore M. Elimbi Ebénezer, lui qui dit être un autochtone de Manoka d’origine Malimba et fier de l’être.

Par De notre envoyer spécial Mathieu Nathanaëlle Njog.
Le 28-02-2007
 

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