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28.06.2007

Remember Sembene Ousmane - Hommage au grand Africain 

Bassek Ba Kobhio: "Sembène m’a amené au cinéma"

" On a beau s’attendre à la mort, on en est non pas forcément surpris, mais on en est très attristé. En février dernier, pour la première fois de sa vie, Sembène Ousmane n’est pas venu au Fespaco. On avait refusé de faire du bruit autour de cette absence, mais nous qui étions ses proches on savait qu’il était très malade.

Je suis venu au cinéma à cause de Sembène Ousmane. Lorsque j’ai reçu en 3e comme prix de français le livre de Souleymane Vieyra sur Sembène Ousmane cinéaste, c’est à partir de là que j’ai rêvé de faire du cinéma. Et l’un des plus beaux moments de ma vie ça a été de rencontrer Sembène, de devenir son ami, de le faire venir au Cameroun plusieurs fois, et d’être de ceux qui pouvaient l’appeler n’importe quand parce que j’avais le privilège, et c’était un privilège extrêmement rare, d’avoir le téléphone de sa, maison. C’était en fait le téléphone de sa fidèle bonne, parce qu’il n’avait pas de portable et il s’arrangeait pour ne pas être joint n’importe quand. Ça mort m’attriste énormément, je suis d’autant plus triste qu’à l’heure où nous parlons (dimanche à 18h), je n’ai pas réussi à joindre ceux des proches que je connais.

Je crois qu’il a vécu une vie pleine. Quand vous commencez votre carrière littéraire et cinématographique à 43 ans, et que vous faites cette carrière qu’il a, vous pouvez vous estimer très fort. Le Mandat est un des films qu’on dépassera difficilement dans la cinématographie africaine. Des films comme Guelwaar ont été très forts. Le camp de Thiaroye est un film qui aurait dû avoir au moins la même résonance que Indigènes s’il avait été fait dans les mêmes conditions de production et si Sembène avait eu le même réseau en France.

Sembène était un bon vivant. Je ne suis pas sûr qu’il aurait voulu qu’on soit là à larmoyer. Il aurait dit " allez, travaillez, dépassez moi ! ". Il disait " vous me prenez pour vieux, je suis peut-être vieux, mais nous sommes tous en compétition encore. Et il faudra que vous preniez vos jambes à votre cou pour me dépasser. Il s’en va, c’est triste, mais il nous laisse une grande œuvre. "
Propos recueillis par J. R. N.

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LES DERNIERES CONFIDENCES DE SEMBENE: « Je dois le dire avant de mourir »

Quel sens faut-il donné à cette médaille de la Légion d’Honneur qui vous a été offerte par la France, un pays que vous avez souvent égratignée dans vos films ?

Ma candidature a été proposée par M.Renaud Donnedieu de Vabres ministre français de la Culture et de la Communication et acceptée par qui de droit, le présent français Jacques Chirac. Il s’agissait pour moi d’accepter ou de refuser. J’avoue que cela m’a personnellement perturbé. J’ai consulté mes amis au Sénégal, en Afrique et même en France car il ne faut pas oublier que j’ai vécu, une dizaine d’années parmi la classe ouvrière française, quelques-uns de mes compagnons sont encore vivants. Je leur ai expliqué que je vivais un dilemme. Me Fallait il accepter ou refuser ? Dans les deux cas, cela ne m’apporterait rien. Mais il y a aussi les sentiments personnels que je peux avoir.

Pourquoi ce dilemme puisque accepter ou refuser la médaille n’aurait rien changé ?

Parce que je désirais que l’amitié dans mes relations avec la France soit célébrée plus tard. Beaucoup plus tard. J’ai vécu à ma manière au sein du peuple de France. Je n’ai pas vécu dans le milieu universitaire. J’ai vécu au sein de la classe ouvrière française. La France, je l’ai pas connue à travers les livres. Les ouvriers m’ont beaucoup apporté. Ils m’ont apporté une grande conscience de moi, des choses, de l’orgueil, de la fierté que j’avais avant d’arriver en France mais ces sentiments ont été confirmés. J’étais responsable syndical dans ce milieu et c’était important.

Ceci ne nous dit comment vos amis vous ont convaincu d’accepter cette médaille ?

J’ai fait la part des choses. Que je rejette cette médaille cela n’aurait rien fait à la France, que j’accepte, cela n’aurait pas fait de moi une personne qui a une laisse accrochée au cou. Je l’ai acceptée en sachant que je dirai toujours ce que je pense de la France. Je crois que cette ligne était la plus juste.

Vous avez souvent fustigé la colonisation dans vos films en égratignant la France.

Oui ! Mais commençons par nous poser la question. Ayons le courage de voir nous-mêmes jusqu’à quel point nous n’avons pas été complice ou complaisant à une période donnée.

Parlons de Emitaï

Dans un film, on ne peut pas tout dire. On a seulement des séquences ou plutôt des moments de réflexion qui peut-être peuvent amener le cinéphile à réfléchir comme dans la scène où le tirailleur admire la photo de De Gaulle. ….. Avec Fontaine et Renaudeau, quand nous sommes sortis de la projection de Emitaï, au cinéma Plazza, un Blanc accompagné d’un Noir nous a craché au visage. Ibrahima Baro est là, il peut témoigner. Ce film, je l’ai présenté à Moscou, l’ambassadeur de France est sorti de la salle. Ici au Sénégal pendant longtemps, on a interdit aux Français d’aller voir le film. Tu prends La Noire de…avec ce bout de dialogue entre français quand l’un dit : « Tant que Senghor est au Sénégal nous serons bien ». Maintenant tout ceci relève du passé. Les relations ont changé.

Et dans Camp de Thiaroye ?

Camp de Thiaroye. C’est un film dans un film. Sans entrer dans des considérations politiques et je dois le dire avant de mourir. Je remercie Djibo Ka. Il était ministre de l’information à l’époque. Quelle pression, il n’a pas subie. Je crois qu’il est venu pendant les deux mois de tournage, une fois par semaine sur le plateau. Il était ébranlé par toute sorte de pression, même celle de l’armée française et l’ambassade de France au Sénégal à l’époque. Il a tenu bon. Le scénario était clair et net. Avec le président Abdou Diouf, ils ont accepté que le film se fasse. Même, mes comédiens européens subissaient une pression. C’était très courageux de leur part de résister. Le film terminé, je me souviens qu’ils l’ont projeté en catimini en présence de Jean Collin et l’ambassadeur de France de l’époque qui a quitté la salle. Collin n’y avait vu rien de dérangeant puisqu’il s’agissait d’une vérité historique. C’est ce courage que j’admire.

Quelle était la pression la plus forte ?

Ils sont même venus jusque sur le plateau de tournage au camp semant la zizanie dans l’équipe avec la complicité de certains Sénégalais. Ce que les gens ignorent c’est que j’ai été victime d’un accident en allant sur le plateau du tournage. Un camion a heurté ma voiture. J’ai toujours la photo de l’accident. Cela c’est déroulé à hauteur de Thiaroye. Cela m’amène à dire qu’en Afrique francophone, les Africains sont les ennemies des Africains hors d’Afrique nous n’avons que des adversaires.

Aujourd’hui quel type de relation avez-vous avec la France ?

Les meilleures relations. Je suis indépendant. Le jour où, on a eu l’Indépendance, le lendemain. J’ai dit, maintenant, je rentre au Sénégal. Je ne suis plus français. Je l’étais malgré moi. Depuis ce jour, j’ai renoncé totalement à la nationalité française que l’histoire m’avait imposée. Je n’ai aucune animosité à l’égard de la France. J’admire ce que ce peuple a pu faire de bon pour son pays. Je ne demande pas à un peuple de me respecter, car je me respecte, moi. Malgré mon âge tu me donnes un coup de pied, je t’en donne dix. Se respecter, c’est produire ce dont tu as besoin et vivre avec, en espérant que tes enfants auront à cœur de l’améliorer sinon tu leur montres comment ils doivent faire pour l’améliorer.

Parmi les personnages de vos films, quel est celui qui incarne votre idéal de vie ?

Personne, quand nous faisons un film, nous idéalisons la vie. La vie se déroule en communauté, Le Mbokaan, c’est-à-dire vivre en communauté. Je vais vous dire une chose, peut être que c’est une révélation. A l’époque, on n était pas nombreux à aller en Chine. En 1957 ou 58 j’étais en Chine pour voir Chou An Laï et Mao Tse Dong. A l’époque De Gaulle n’avait pas reconnu la Chine. Aller en Chine comportait des risques. Par la suite j’ai été jusqu’à Hanoi pour voir Ho Chi Min. En 1923 l’année de ma naissance Ho chi Min a publié, un livre autobiographique sur son voyage autour de l’Afrique. Il était marmiton ou boy. Faisons seulement un parallèle entre ce que nous appelons les anciens combattants africains dont nous sommes fiers et qui ont été au Vietnam sous le drapeau français. Trente ans après, du point de vue de l’assistance technique c’est l’Asie qui vient à notre secours et nous nous plastrons avec nos médailles pour dire j’ai été Diem Ben Phu. Combien y a t il eu de coup d’état fomenté par ces anciens du Vietnam, en Afrique ? Qu’ont apporté ces coups d’Etat ? Quelle leçon devrait-on en tirer ?

Votre première rencontre avec Mao Tse Dong. Ce n’était pas évident à l’époque ?

Pour aller en Chine, de Marseille, il fallait aller à Paris, cela durait une nuit. De Paris à Moscou, on mettait cinq nuits, de Moscou à Pékin, il fallait compter quinze nuits. De Pékin à Hanoi ; cinq nuits. Je parle en nuitée. Mao dans l’intimité, parlait français. Il ne faut pas oublier qu’il a écrit un livre en français à propos du congrès de 1921.

Vous n’avez jamais eu l’idée de faire un film sur cette période de votre vie ?

Non. Parlons d’abord de notre histoire.

Parlons de Samory alors, ce projet de film sur lequel vous avez travaillé des années durant. Vous n’allez tout de même pas l’abandonner ?

Il ne faut pas se laisser brider par les .choses. Je ne veux pas me laisser brider. Le scénario existe avec toutes les indications dessus. Tout le monde le sait. Si je ne le fais pas quelqu’un d’autre le fera. Pourquoi veux-tu que ce soit moi. Moi, moi, moi cela ne mène qu’à la dictature. So long Sembéne.

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Leçon d’engagement

« Je ne sais pas encore pourquoi je filme, mais tout un peuple m’habite et je dois témoigner de mon temps », a déclaré naguère Sembène Ousmane dans un entretien accordé au journal français l’Humanité.

Jusqu’à ce qu’il décède dans la nuit du samedi au dimanche chez lui à Yoff, le « doyen des aînés » s’est exprimé, motivé par la jeunesse et les convictions qui l’animent.

Sembème est de ceux-là qui, en ces temps de grande confusion socio-politique, auront redonné toute sa dignité au terme « responsabilité ».

Mettant en mots et en images (il est écrivain et cinéaste) ce qui émerge de nouveau, il aura été de ceux qui ont nourri le lien social, évitant que soient rejetés dans les marges ceux qui ressentent ou subissent sans pouvoir dire. En d’autres termes, le « doyen » appartient à cette catégorie qui refuse de s’adjuger l’exonération de responsabilité, conscient que de la vigilance et de la conviction de chacun sur les choix fondamentaux masqués derrière les luttes des politiques et affairistes de tous acabits, dépend le sort de la société. Nous sommes, aujourd’hui, les témoins d’un amoncellement d’immondices, et ceci devrait obliger à l’engager dans la voie de la critique constructive et le refus du népotisme et de la perverse tentation des condamnations et indignations sélectives. Mais souvent, sous nos cieux, l’ignorance à tendance à se confondre avec la peur et les calculs égoïstes de ceux qui cherchent à tirer profit du système. A s’adapter plutôt qu’à réellement vouloir transformer l’ordre des choses. Sembène Ousmane, sous ce rapport, apparaît comme l’anti-modèle, polémiste et populaire, qui ne craint guère le conflit ouvert avec une Autorité à tendance endoctrinante.

Sembène Ousmane. Ce nom évoque l’engagement social et politique qui, bien loin d’occire son sens du jugement critique, postule l’assumation pleine et entière du statut de leader. Mais à l’heure actuelle, cette posture est plutôt problématique chez la plupart de nos intellectuels et hommes de culture. Sans aucun doute, la belle leçon du « doyen » aux épigones tient au refus de s’exposer à la honte d’une irresponsabilité caractérisée. Et ce n’est pas du cinéma !


Réaction: Ibou Diouf Posté le : 2007-06-11 11:57:28

“En Afrique, quand un vieillard meurt c’est une bibliothèque qui brûle ». De grâce que celle-ci soit l’exception de la règle !

En lisant cette interview, je peux vous assurer que j’ai, presque, eu les larmes aux yeux. En Afrique, on ne reconnaît la valeur de nos sages, nos génies, nos têtes que quand ils ne sont plus. C’est déplorable. Je pense à Cheikh Anta, à Thomas Sankara, a Samory et la liste est longue, jusqu’a récemment notre père et grand père Ousmane Sembene. Que la terre lui soit légère et que son âme repose en paix.

L’histoire ne ment pas disent certains mais je n’en suis pas trop sur car vue comment l’histoire de l’Afrique a été racontée, certains n’aiment pas les démentis apportés par des anciens comme Sembene Ousmane dans des œuvres comme « Camp de Thiaroye » ou « Indigenes ». Donc je dirais même si l’Histoire ment des fois, elle finira toujours par dire la vérité.

J’ai fait les bancs en Afrique puis en France et En Irlande, je peux vous dire que partout ou je passe on m’a raconté des choses différentes sur l’Afrique et son histoire. L’expérience m’a montré que toute histoire se raconte mieux par son peuple, tous les autres fond du maquillage et du nettoyage qui les arrangent avant de le raconter. D’ailleurs aller voir les ouvrages utilisés en France dans l’enseignement, les mauvaises actions de la colonisation et le travail des tirailleurs dans les guerres mondiales sont presque inexistants. Et pourtant ce sont les mêmes éditeurs, l’Harmattan, Hachette, qui ont édités les mêmes livres qu’on nous enseigne en Afrique mais ces derniers sont gorgés de l’histoire de l’Afrique et encore, elle est modifiée.

On devrait réfléchir et revoir notre histoire au lieu de la laisser aux soins des autres pour la raconter. Des gens comme Sembene Ousmane essaient de le faire tant bien que mal car ne sont pas laissés avec toute la liberté qu’il faut. Et d’ailleurs des gens comme lui, y en a encore combien en Afrique ? ……

iboudiouf@hotmail.com



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www.ousmanesembene.com

Ousmane Sembène est connu dans le monde comme le « père » des films africains. Durant sa carrière, qui couvre plus de cinquante ans, il a produit cinq romans, cinq recueils de nouvelles, et il a tourné quatorze films.

Sembène est né en 1923 à Casamance au Sénégal, où sa famille a habité pendant vingt-trois ans. Sembène vient d’un milieu modeste, comme le peuple pour lequel il essaye de parler en tant qu´écrivain et cinéaste. Il a été expulsé de l’école en 1936 pour indiscipline, et n´a jamais repris ses études après l’école primaire. Après avoir quitté l’école, Sembène a travaillé comme mécanicien et maçon, et en même temps il a commencé à découvrir son amour de la littérature et du cinéma. À vingt-et-un ans, il a été appelé au combat dans la Deuxième Guerre mondiale, parce qu’il était citoyen français. Quand il est retourné plusieurs ans après, en 1947, il s’est retrouvé au chômage. Il a decidé de quitter Dakar avec l’ambition de continuer son éducation. Il a habité à Marseille, en France, jusqu’en 1960, où il participait à la politique et la justice sociale. Il est devenu membre de la « Confédération générale des travailleurs », syndicat français. Il a aussi assisté aux conférences sur le marxisme, et il a adhéré au parti communiste français en 1950, dans l’intention de continuer ses études, et avec l’espoir de changer le visage de son pays. Après s´être cassé l´épine dorsale, il ne pouvait pas continuer son travail de docker, ainsi il s´est concentré sur son travail intellectuel. Il a exploré des musées et des bibliothèques, et il a aussi continué ses études du marxisme et du communisme.

Les changements sociaux et politiques en Afrique que Sembène espérait affectuer se sont réalisés grâce à son travail d´auteur et de cinéaste, qui a commencé en 1956, avec son premier roman, Le Docker Noir, qui explore ses expériences de docker noir et africain à Marseille. Cependant, bien qu’il préfère exprimer les luttes de la communauté africaine dans ses écrits, il avait besoin d’une manière pour se faire comprendre par le peuple africain, dont la majorité est analphabète. Il a découvert que le film pourrait l’aider à communiquer aux gens ce qu’il voulait représenter. Sembène s´est inscrit à l’école de cinéma aux « Gorki Studios » à Moscou en Russie, à l’âge de quarante ans, dans le desseir d’employer le cinéma pour éduquer les Africains. Il voyait le cinéma comme « des cours du soirs », suivant la tradition orale africaine. Avec ses quatorze films, dont beaucoup ont gagné des prix (comme « La Noire de... »), il s’est concentré sur la société africaine postcoloniale, et les conflits qui ont surgis. Certains de ses films étaient en langues africaines (comme le wolof, la langue principale du Sénégal), ce qui était révolutionnaire pour le cinéma africain. Il y a à peine deux ans, Sembène continuait à faire des films qui se concentrent sur la culture africaine contemporaine et les problèmes que son pays, comme beaucoup d’autres pays africains, doit affronter.

Les films et les romans de Sembène montrent au monde international les luttes et les problèmes que les Africains doivent affronter après avoir gagné l’indépendance. Ousmane Sembène utilise le cinéma pour éduquer les Africains et la communauté internationale et pour promouvoir la liberté et la justice politique et sociale pour son peuple.

Zoom de Sembéne sur le quotidien du monde :

Quand on crée, il faut avoir l’ambition de parler à ses contemporains.» Telle était la réponse de Sembène à Bérénice Balta de Radio France Internationale, lors du Fespaco 2005, à la question de savoir si le film Moolaadé était sa contribution d’aîné.

Voilà résumée en un credo aussi tranché que conforme aux principes de l’homme, l’éthique qui a nourri toute l’œuvre aussi bien littéraire que cinématographique de Sembène Ousmane, jusqu’à l’ultime séquence d’une vie faite de luttes, de souffrances et d’engagements.


Nourrie selon le mot de notre confrère de l’Agence sénégalaise de presse, Aboubacry Demba Cissokho : «Des vertus de l’éthique ceddo, qui ont noms : amour de la liberté, fierté d’appartenir à une culture et refus systématique de toute aliénation», l’œuvre de Sembène est, avant tout, une critique sociale sans concession. Par exemple, à travers son œuvre littéraire, antérieure à celle cinématographique, il s’est employé à une critique féroce de la domination coloniale et de ses conséquences sur les colonisés.
 

De l’Afrique coloniale, il en a dénoncé les injustices du système de domination, en ce qu’il nie la dignité des peuples africains et les installe dans une aliénation culturelle et spirituelle.


Ainsi, à travers «les Bouts de Bois de Dieu» (1960), il relate la grève héroïque de femmes et d’hommes du chemin de fer Dakar-Niger, qui se sont élevés contre les traitements discriminatoires dont ils étaient l’objet vis-à-vis de leurs camarades métropolitains.


Avant la lettre, l’importance qu’il accorde à la question de la dignité de la femme est déjà perceptible dans son oeuvre.

Mais, en dépit d’une oeuvre littéraire de bonne étoffe et dont le réalisme du vécu des personnages, rappelle les romans de l’école réaliste, Sembène privilégie le cinéma qu’il considère comme une «école du soir», donc idéale pour l’éducation des masses.


L’accession à l’indépendance des Etats africains ne le détourne pas, pour autant, de sa fonction de critique des nouveaux régimes politiques mis en place ainsi que des travers et turpitudes que secrètent les nouvelles élites bourgeoisies. Thème abordé dans son film Le Mandat (1968) qui a reçu le Prix de la Critique internationale au Festival de Venise.


En artiste engagé, Sembène s’est emparé de tous les grands problèmes de son époque. Par exemple, dans Ceddo (1976), il traite de la question du sort fait aux croyances traditionnelles africaines et de leur survivance, dans une société maintenant islamisée. D’ailleurs, à propos de ce film, sa passe d’armes avec le Président Senghor, est restée mémorable.
 

«Opiniâtre s’il s’agit de défendre ses idées», selon Cheikh Ngaido Bâ, Président de l’Association des cinéastes sénégalais, Sembène refusa catégoriquement de se conformer au décret présidentiel sur la transcription des langues nationales qui voulait que le «D» du mot «Ceddo» se transcrive avec un seul «D», donc pas géminé, comme l’avait voulu Sembène. Résultat, le film fut censuré jusqu’à l’accession de Diouf au pouvoir en 1981.


Dans la même veine, Guelwaar (1992), du nom de nobles, descendants des conquérants Malinkés, fustige la fatalité de l’assistanat et de la main tendue, érigée en politique par nombre d’Etats africains, envers l’Occident et les institutions de Bretton Woods.


Outre son rôle de critique social, l’auteur de La Noire de...(1966), anticipe sur les grandes problématiques de son temps, telle que la question de l’émancipation sociale de la femme.


Aussi, dans un ultime baroud d’honneur pour explorer ce qu’il appelle «l’héroïsme féminin au quotidien», réalise-t-il les deux premiers films d’un triptyque. Quand Faat Kiné’(2000) célèbre une femme sénégalaise célibataire et indépendante et élevant seule ses enfants, Moolaadé (2003) (Droit d’asile en Bamanan), et tourné au Burkina, met en scène, par contre, la lutte des femmes contre l’excision. Acclamé sur le plan international, le film fut récompensé du prix «Un certain Regard», au Festival de Cannes en 2004.


Enfin, le 3e de la série La confrérie des rats devait traiter de la corruption des élites africaines, où est mis en scène, un juge qui sera assassiné en pleine ville et qui enquêtait sur une affaire d’enrichissement illicite.

En fin de compte, l’héritage cinématographique, tout autant que littéraire de «l’aîné des anciens», est considérable et les thèmes marquants sont l’exigence d’authenticité, l’amour de la liberté et le refus de toute aliénation des peuples africains.


Cependant, en humaniste, il ne saurait circonscrire son message à l’Afrique exclusivement. Ainsi, en guise de testament aux nouvelles générations de cinéastes africains, lance-t-il : «Travaillez, refusez de vous enfermer, de vous couper des autres, de vous replier sur l’Afrique. Votre ambition doit englober toute la planète.»

Auteur: Amadou DIALLO    


Oeuvres principales:

Romans
Le Dernier de l´Empire. 2 tomes. Paris: L´Harmattan, 1981.
Le Docker Noir. London: Heinemann, 1987.
L´Harmattan. Paris: Présence africaine, 1965.
Les Bouts de bois de Dieu. Paris: Presses pocket, 1971.
Niiwam. Paris: Présence africaine, 1987.
O pays, mon beau peuple. Paris: Presses pocket, 1975.
Voltaïque. Paris: Présence africaine, 1971.
Xala. Paris: Présence africaine, 1973.

Films
"L´Empire Sonhrai" (1963)
"Borom Sarret" (1963)
"Niaye" (1964)
"La Noire de..." (1966)
"Mandabi" (1968)
"Taaw" (1970)
"Emitai" (1971)
"Xala" (1974)
"Ceddo" (1976)
"Camp de Thiaroye" (1989)
"Gelwaar" (1992)
"Heroisme au Quotidien" (1999)
"Faat Kine" (2000)
"Moolaade" (2003)

Sur Sembène

Gadjigo, Samba. Ousmane Sembène: Dialogues with Critics and Writers. Amherst: University of Massachusestts Press, 1993.

Murphy, David. Imagining Alternatives in Film and Fiction - Sembene. Oxford: Africa World Press Inc., 2001.

Niang, Sada. Littérature et cinéma en afrique francophone : Ousmane Sembène et Assia Djebar. Paris : L’Harmattan, 1996.

Vieyra, Paulin Soumanou. Ousmane Sembène cineaste: première période, 1962 – 1971. Paris : Présence Africaine, 1972.

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Une compilation de Metusala Dikobe
 

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