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01.04.2008

Religions et Spiritualité du monde Noir: Partie 1 : Catholicisme, Protestantisme et Islam 

Alors que vient de s’achever le long règne du pape Jean Paul II, le monde s’est attelé à dresser le bilan de ses 25 années de pontificat à la tête de l’Eglise catholique. C’est également pour nous l’occasion de faire un état des lieux des religions dans le monde Noir, de retracer leurs histoires, de comprendre leurs implantations et leurs transformations, d’analyser leurs influences sur la spiritualité des peuples noirs. Car contrairement aux pays d’Europe et au monde occidental en général, où le sens du sacré est en perte de vitesse depuis l’avènement de la société de consommation, l’Africain est plus que jamais un être profondément spirituel, quelque soit sa confession, ses pratiques religieuses, ses origines et son statut social.

La croyance est une donnée indissociable et fondamentale des cultures noires. Elle définit leurs systèmes de valeurs et leurs rapports au monde. Qu’elle soit refuge, arme, devoir ou espoir, la croyance traduit aussi un besoin de fuir la réalité ou de la transcender, de repousser les limites du corps par l’esprit, de communier avec une communauté visible et invisible. D’où cette extraordinaire capacité à s’approprier toute forme de spiritualité, préservée ou réinventée, qui explique en grande partie l’ancrage, dans nos sociétés, de religions, telle que le catholicisme, qui ont perdu toute influence dans leur culture de référence.



Le Catholicisme, religion coloniale.

Le Christianisme représente aujourd’hui à travers ses trois principales branches : le Catholicisme, l’Orthodoxie et le Protestantisme, 2 milliards d’individus, soit le tiers de l’humanité. D’après les chiffres du Vatican, la moitié des chrétiens, plus de 1 milliard en 2003, seraient catholiques. 49,8% des membres de l´Église catholique se trouvent en Amérique latine, tandis que l´Europe, lieu de son expansion initiale, ne compte que 25,8% des baptisés, l´Afrique 13,2%, l´Asie 10,4% et l´Océanie 0,8%. Mais c´est en Afrique que le Catholicisme connaîtrait sa plus forte croissance avec plus de +4,5%. De l’avis de l’ensemble des spécialistes, l’avenir du Catholicisme se trouve dans les pays du Sud. Bien que les chiffres du Vatican soient souvent contestés parce que grossis, ils en disent long sur le déclin de la spiritualité classique et séculaire en Occident. Avec 87% de ses adeptes dans les pays de l’hémisphère sud, le Catholicisme est aujourd’hui une religion du tiers-monde. Au grand dam de personnage comme Silvio Berlusconi, pour lesquels le Catholicisme est la religion de l’Occident, sous-entendu de la race blanche, la survie de cette religion dépend entièrement de sociétés justement considérées comme " inférieures".

Mais comment cette religion "coloniale ", synonyme d’oppression et d’aliénation peut-elle susciter une telle ferveur aux seins de cultures où elle s’est imposée par la force ? Le Catholicisme a toujours été à l’avant-garde de l’effort de guerre esclavagiste et colonialiste, il fait partie intégrante du dispositif idéologique et " logistique " de l’expansion coloniale et de la mission civilisatrice, qui a lancé dès le 15ième siècle la civilisation occidentale à la conquête de l’Afrique. L’Europe, habituée aux croisades et aux guerres de religion, a toujours conçu le Christianisme comme une religion conquérante et impérialiste.

Les missionnaires qui l’ont apporté en Afrique n’ont donc pas cherché à le partager, mais à l’imposer. Ils n’ont jamais essayé de comprendre la spiritualité africaine ni à adapter la religion chrétienne aux cultures du continent noir. Bien au contraire, ils ont jugé et damné l’animisme comme véhicule du paganisme et cause de la " sauvagerie " des Africains. Parlant du Salut de ces païens, le point de vue des missionnaires était que : « la foi ne requiert ni liberté, ni compréhension, puisqu’on a affaire à des êtres mineurs, dégradés et à des instruments des forces du mal. La contrainte est permise, voire recommandée ».

C’est donc sous la contrainte que le Catholicisme s’est implanté en Afrique. On peut en partie expliquer son fort enracinement par le fait que cette religion s’est beaucoup diffusée par le biais de l’enseignement. La grande majorité des premières écoles qui ont vu le jour en Afrique est l’œuvre de pères blancs et de religieuses. Jusqu’à une époque récente, l’éducation était donc indissociable de la religion catholique en Afrique. Extrêmement structuré et hiérarchisé, le Catholicisme a été la religion des premières élites, et jouit encore de ce prestige qui l’a ancré dans les sociétés africaines. Toutefois, elle est la religion d’une certaine génération et d’un certain statut social, plus enracinée dans les régions que dans les grandes villes. L’Eglise catholique reste surtout une structure étrangère apposée aux structures africaines. Au contraire de l’Islam qui est devenu une religion presque " naturelle ", le catholicisme n’a jamais réussi à se fondre dans la culture africaine.


Le Protestantisme et ses dérives sectaires, opium du peuple.

Avec ses 404 millions d’adeptes, le Protestantisme connaît aujourd´hui une expansion importante, au profit des églises dissidentes et au détriment des courants traditionnels. Le Protestantisme a fait ses premiers pas en Afrique à la fin des années 40, avec l’arrivée des missionnaires américains. En 1960, on en compte déjà 10 500 dans les colonies. Leur présence est hautement stratégique, l’Amérique et l’Europe se disputent les " âmes " africaines à des fins purement politiques. L’Amérique cherche à compenser son retard dans la conquête coloniale, et la religion est un outil d’influence considérable.

Le protestantisme a subit une forte opposition des autorités coloniales catholiques en Afrique francophone, qui ont multiplié les obstacles à son implantation. Paradoxalement, cette situation loin d’affaiblir le Protestantisme lui a attiré la popularité de nombreux Africains, qui le considéraient alors comme étranger à la colonisation voir ennemi des autorités coloniales. Cette religion a donc souvent servi de refuge politique aux opposants au colonialisme. Bien avant les guerres d’indépendances, elle compte de nombreux adeptes au Congo Belge et au Cameroun, alors qu’elle est beaucoup moins influente dans son " milieu naturel ", c’est-à-dire les colonies britanniques, comme le Kenya et le Tanganyika. Le Protestantisme apparaît dans un premier temps comme un moyen d’émancipation et de rébellion à l‘ordre colonial. Les autorités de l’époque soupçonnent fortement les églises réformées noires, notamment évangélistes, aux discours "anti-européens " à peine voilés, de collusion avec les mouvements indépendantistes et les leaders nationalistes.

Mais à la suite de la normalisation des relations entre missionnaires protestants et autorités coloniales, qui finiront par reconnaître le Protestantisme comme religion officielle, la plupart des adeptes africains se sentant trahis, vont trouver refuge dans les sectes ou dans des mouvements protestants dissidents, comme le Pentecôtisme, le Méthodisme et Baptisme. Ces mouvements connaissent actuellement une notoriété grandissante dans la Caraïbe, ou de nombreux Antillais y trouvent une manifestation de la foi chrétienne plus intense, plus festive et plus engagée. Le Protestantisme jouit d’un engouement particulier auprès des populations noires, car il est exempt de la rigidité et de la froideur du Catholicisme. Il laisse libre court aux vocations spontanées, avec une part de spectaculaire dont les miracles et les guérisons sont les principaux appâts. Les dérives démagogiques, autoritaristes et mégalomaniaques sont donc plus fréquents dans ces courants religieux ou l’argent est indissociable de la foi.

Le Protestantisme américain, basé sur le principe du « libre examen », a, en effet, favorisé l’apparition des nombreux mouvements sectaires qui sévissent actuellement en Afrique. Kimbaguisme (RDC), Adventisme, Rose-Croix, Eglise universelle, Branhamisme, témoins de Jéhova, etc. En Afrique noire, l’Eglise catholique ainsi que l’Eglise protestante traditionnelle perdent du terrain au profit des mouvements pentecôtistes et de sectes, qui font preuve d’une grande "agressivité commerciale". Dans la plupart des pays africains, ces mouvements sectaires chrétiens, aux pasteurs charismatiques et aux prêches enflammés, organisent des "croisades" (de grands rassemblements destinés aux manifestations de foi et de prosélytisme). La plupart de ses sectes vivent de la misère et de la détresse de leurs adeptes, qui cherchent très souvent dans la religion un moyen de fuir des réalités économiques, politiques et sociales difficiles.

L’Islam noir, l’Afrique musulmane.

Deuxième religion au monde numériquement, l’Islam regroupe 1,2 milliard d’individus soit 19,4 % de la population mondiale. L’Afrique noire compterait 150 millions de musulmans, diversement répartis dans ses pays, mais vivants en Afrique de l’Ouest pour la grande majorité.
Il y a plusieurs Islams en Afrique. Les racines et la présence de cette religion sur le continent noir remonteraient au-delà du 10ième siècle de notre ère. Aujourd’hui elle est communément divisée en 4 grands courants : l’islam des conquêtes, l’islam des marchands, celui des prophètes et celui des marins. Le premier est essentiellement arabe, véhiculé avec la langue arabe. Le second, l´islam des marchands, est descendu vers le Sud et le Centre de l´Afrique en utilisant les caravanes et les circuits commerciaux. L´islam des marins de la côte orientale de l’Afrique est certainement le moins connu. Au fil des siècles, les marins d´Oman, du Yémen faisant du cabotage sur la côte africaine ont donné naissance à la civilisation Swahili, dans l’ambassadrice la plus connue et la plus riche est celle de Zanzibar. Puis il y a l’Islam des prédicateurs et des marabouts qui a donné naissance à de grandes confréries, qui modèlent fortement le paysage religieux de l´Afrique de l´Ouest.

Le soufisme est la meilleure illustration de ce dernier islam où se confondent religion, appartenance ethnique et organisation sociale. Entrées au Sénégal par le biais du commerce et des voyageurs, les confréries ont joué un rôle moteur dans l’islamisation du pays grâce, d’une part, à leur caractère pacifique et de l’autre en ce qu’elles s’adaptent mieux au mode de fonctionnement propre aux sociétés africaines. Deux confréries entrent très tôt au Sénégal par les routes du commerce et du pèlerinage : la Qâdiriyya et la Tijâniyya. Ce vent du soufisme est largement diffusé par les « marabouts de la savane ». Il va durablement façonner la vision de l’islam dans cette contrée. Mieux, le système confrérique, vu qu’il épousera les contours de la société locale, va prospérer et finir par se substituer, sans heurts, à bien de ses valeurs traditionnelles. Il n’est pas à démontrer que l’appartenance et l’identification au groupe est un trait marquant des sociétés africaines. Le système confrérique, avec ses modes d’allégeance et de solidarités intra-communautaires, servira de modèle au point que deux autres confréries, locales cette fois-ci, endogènes, vont prendre naissance. Il s’agit de la Mourîdiyya et de la confrérie des lâayènes « ilâhiyyîn ». Cette dernière ajoutera à sa spécificité locale, une obédience ethnique, regroupant des fidèles appartenant à l’ethnie Lébou, pêcheurs de la région de Dakar.
Donc pluralité des islams en Afrique noire, qui se sont mêlés et fondus dans les cultures locales. Cette affinité vient sans aucun doute des analogies entre ce qui est prôné par l´Islam et ce qui est vécu en Afrique, du point de vue de la structure familiale et de certains rites. La place de l´oralité est aussi considérable des deux côtés. La croyance aux esprits y existe. Autre attrait, l´Islam a démontré, en Afrique au moins, sa faculté d´adaptation, sa plasticité et s´est adapté, voir acculturé. La figure du marabout, la simplicité de l´Islam, la profession de foi épurée, la prière, l´aumône, le jeune, le pèlerinage et enfin l´expérience d´une communauté large, ont assuré une pénétration et une pérennité plus solide que celle du Christianisme, car contrairement à ce dernier, l’Islam n’impose pas de faire un choix entre culture africaine et croyance religieuse.



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