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01.01.2006

PROBLEMATIQUE DE L´IDENTITE CULTURELLE NGOH et NSONGO .........Par Professeur Richard PENDA KEBA 

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La soif des hauteurs sinon l´habitude de l´altitude et la connaissance des eaux et de leurs messages ont developpé chez les NGOH et NSONGO une ouverture d´esprit vers le lointain. Ils pensent que le monde ne finit pas et ne commence pas à un endroit donné : d´où le sens de I´immensité, d´hospitalité, d´accueil, vis à vis de l´étranger et surtout de noblesse et de raffinement que l´on retrouve chez ces peuples.


INTRODUCTION : Problématique

Il est heureux que "la problématique de l´identité culturelle NGOH et NSONGO" soit relancée par le festival "KOUPE 98" en présence de l´institütion traditionnelle multiculturelle du NGONDO, ici même á NKONGSAMBA, au pied du Manengouba. berceau de l´humanité du Moungo.
Notre sociéteé africaine est en cette fin du 20e siècle caractérisée par un état de confusion et de délabrement culturel très préoccupant.
Les sectes, les modéles importés d´Occident, la puissance et I´attrait des médias d´outre-mer à côté de la médiocrité affichée par nos chaines locales, ont fini à la suite de l´impérialisme et son corollaire la colonisation de faire disparaitre nos propres cultures millénaires dont la garantie de solidité depuis la civilisation égyptienne pharaonique, a été eprouvée. prouvée et approuvée.
Le repli identitaire est-il possible aujourd´hui dans un contexte où l´école occidentale a remplacé le foyer ardent et le sanctuaire initiatique de nos ancêtres ? Peut-on parvenir de nos jours à reconstituer un foyer culturel NGOH et NSONGO authentique sans courir le risque de passer pour des demeurés aux yeux de ceux qui prônent la modernité mais qui en fait sont sans racines ni repères culturels ?
Est-il possible de rentrer aux sources ancestrales sans heurter les sensibilités des uns et des autres dans un contexte d´integration régionale ou nationale ? Ne court-on pas le risque d´une dérive identitaire. synonyme d´exclusion tribale en voulant se replier dans sa culture authentique ? Voilà en peu de mots, une gamme de questionnements pouvant constituer la problématique de notre reflexion.
En effet, tout retour aux sources est possible ; il est même rendu nécessaire aujourd´hui par le constat d´échec de la culture occidentale qui nous domine avec son fâcheux penchant à la violence qui renvoie tout naturellement aux thèses de NIETZSCHE. Or la doctrine nietzschéenne est immorale puisqu´elle prône un retour grandiloquent à la barbarie d´une société sans âme dans laquelle Dieu est mort, le sacré avec.
D´autre part, l´on ne saurait réduire un repli identitaire à une menace pour I´integration nationale à cause de la tentation d´exclusion pouvant résulter d´une dérive quelconque. A vrai dire. la recherche de l´identité culturelle permet plutôt au groupe identifié de mieux s´intégrer aux autres sans courir le risque de se perdre ou d´avaler les autres.


Il apparait clairement que le repli identitaire de nos jours est plutôt salutaire et imperatif pour toute communauté qui veut bien exister. Mieux, il s´agit même d´un impératif catégorique et conditionnel.
Il ne faut pas le subordonner à des petits calculs politiciens de positionnement ni le conditionner par des perspectives de réussite ou d´échec individuel ou collectif : C´est un passage obligé.


A) QUI SONT LES NGOH ET NSONGO ?
Ce sont les peuples originels du Departement du Moungo. Dans la terminologie constitutionnelle à la mode, on les désignerait par le vocable "autochtones du Moungo" qu´on serait plus precis.
Ce peuple est également éparpille dans la province du Sud-Ouest et plus précisement dans les Départements de la MEME et du KOUPE MANENGOUBA.
Ses origines historiques sont relatées à la fois par la tradition orale et l´histoire des migrations Bantu.
La tradition orale renvoie l´origine des peuples NGOH et NSONGO à la légende de NGOH, cet ancêtre éponyme et mystérieux qui apparut selon l´historien EDJEDEPANG KOGE sur les flancs du Manengouba, rencontra une femme nomade toute aussi mystérieuse de nom de SOUMEDIANG qu´il épousera pour engendrer les peuples originels du Moungo à l´exception des BAKOKO. A quelle date se produisit ce miracle de la création ? Ladite légende reste muette là-dessus. Cependant elle ajoute que NGOH avait un cadet du nom de NSONGO.
NGOH et NSONGO, deux frères mythiques à l´origine du peuplement originel du Moungo ; voilà qui nous renvoie à la légende antique de la création de ROME par deux frères jumeaux : Romulus et Rémus !
Sur le plan historique, le peuplement originel des NGOH et NSONGO est à situer dans le vaste mouvement de migrations Bantu originaires du Congo et arrivés dans le Golfe de Guinée vers la fin du 17e et les débuts du 18 siecles.
Il s´agit du courant DOUALA ayant en son sein deux composantes essentielles : la composante DOUALA elle-même remonte l´estuaire du Wouri et occupe les rives dudit fleuve tandis que leurs cousins de la composante BAKOUNDOU s´installent d´abord dans l´actuel Limbé au pied du Mont Cameroun pour émigrer dans un second temps vers l´hinterland BAROMBI où ils s´installent autour de Lac du même coin. Les fréquentes éruptions volcanigues du Char des dieux, très actif au debut du 18e siècle pourraient justifier le repli intérieur des BAKOUNDOU, un peuple de l´eau qui se voit obligé de quitter la côte atlantique pour le bassin du Lac Barombi vers I´actuel KUMBA non loin des flancs occidentaux du Manengouba.
Dans la composante BAKOUNDOU en question, on retrouve des sous-groupes comme les Balong, les Abo, les Bakossi, les Balondo etc. qui se réclament aujourd´hui selon la légende de descendants de NGOH et NSONGO.
On pourrait donc avancer à la confrontation du mythe et de la réalité que NGOH et NSONGO n´ont pas été engendrés par une mystérieuse alchimie d´un déluge sur les sommets de MANENGOUBA, NGOH et NSONGO seraient des descendants BAKOUNDOU dont les ancêtres sédentarisés autour du Lac Barombi vivaient de pêche et de petites activités rurales.
L´essor démographidue et le milieu naturel aidant, ces populations se seraient dispersées à la recherche de nouveaux espaces vitaux tout en multipliant et diversifiant leur culture du milieu ambiant pour leur adaptation.
Ce serait vraisemblablement dans la dispersion des BAKOUNDOU, de la depression BAROMBI que les phénomènes NGOH et NSONGO s´installent en guerriers, chasseurs et nomades sur les flancs voisins du MANENGOUBA où ils vont engendrer les nombreux fils dont les familles petipleront le MOUNGO originel. D´où le mythe d´Edjedepang Koge dont le côté romanesque très partagé ne pouvait permettre seul de saisir la trame de toute l´histoire du peuplement et des migrations originels du peuple NGOH et NSONGO. Une histoire qui fait dire dans l´exposé de ses recherches à I´anthropologue DICKA AKWA que les peuples originels du MANENGOUBA sont les "DUALAS DES MONTAGNES ".

B) L´IDENTITE CUTURELLE NGOH ET NSONGO
"Dualas des montagnes ". les NGOH et NSONGO sont une culture de I´eau, de la montagne et de la forêt. Ils partagent avec leurs freres DOUALA et BAKOKO la même vision Cosmogonique dont le fondement essentiel est l´idéologie de l´Ancêtre Commun. Les groupes NGOHet Nsongo se reconnaissent en un ancêtre Commun. NGOH. ainé de NSONGO.
Les BAKOKO de leur côté qu´ils soient YABAN ou YAPEKE. se reconnaissent tous en l´ancêtre MPOO ; tandis due les DUALAS revendiduent MBEDI. Il s´agit donc d´une conception patriarcale de la société que l´on retrouve chez toutes les populations BANTU d´origine, avec des liens de sang très anciens.
Les NGOH et NSONGO, peuple de l´eau, marins d´origine et peuples lacustres de nos jours encore ; ils ont les croyances qui s´incarnent dans l´eau. Les lacs MANENGOUBA au nombre de deux : Lac de l´Homme, mystérieux et insondable svmbole de la force et de la puissance. Lac de la Femme adorable, aimable et accueillant. symbole de la croissance. sont au sommet du MANENGOUBA un des sanctuaires de ce pcuple dont le culte de l´eau renvoie aux DUALAS voisins ävec le culte des génies du fleuve Wouri:
Les MIENGU
Les NGOH et NSONGO sont aussi et surtout une culture de la montagne et c´est là leur grande originalité qui tranche avec les autres affinités SAWA. Montagnards, ils croient aux esprits du KOUPE et pensent que cette montagne est le berceau mystique de toute I´histoire de l´humanité. Le KOUPE est pour eux le lieu d´échange entre le monde des vivants et celui des morts. Les grands initiés y vont la nuit mais aucun ne vous dira le lendemain ce qu´il y a fait. La soif des hauteurs sinon l´habitude de l´altitude et la connaissance des eaux et de leurs messages ont developpé chez les peuples un complexe de supériorité et d´ouverture d´esprit vers le lointain. Ils pensent que le monde ne finit pas et ne commence pas à un endroit donné : d´où le sens de I´immensité, d´hospitalité, d´accueil, vis à vis de l´étranger et surtout de noblesse et de raffinement que l´on retrouve chez ces peuples mutants et voyageurs venus des mers et devenus conquérants des hauteurs, des vallés et des plaines. Peuples de forêts enfin, les NGOH et NSONGO vivent d´agriculture, de chasse. Et de l´élevage. Pour communiquer, ils parlent des langues BANTU ayant pour dénominateur le DUALA.


CONCLUSION
Les NGOH et NSONGO ou "DUALAS des Montagnes" comme dirait DICKA AKWA sont incontestablement une composante culturelle SAWA.
Peuples de l´eau, de la montagne et de la forêt, ils ont développé une culture originale qui fédère les grands caractères de la culture BANTU du Golfe de Guinée.
Sur le plan linguistique, ils gagneraient à adopter une langue supra-dialectale dans la grande aire culture SAWA pour leur unité à renforcer et leur culture à mieux faire connaitre et à sauvegarder.
Les dialectes qu´ils parlent sont certes proches les uns des autres, cependant aucun d´entre eux ne joue véritablement un rôle fédérateur de support ni de vecteur culturel accepté par tous, d´où un émiettement traditionnel dans une aire culturelle pilote dont l´unification de ses recherches grâce à une langue unique constituerait le gage de sa solidité et une garantie de sa survie.

Source: Actes du KOUPE 98
[Premier festival Culturel et artistique NGOH et NSONGO , Nkongsamba les 27,28 et 29 Novembre 1998]
Recherche Bibliographique: Bertand NJOUME
 

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